Et si la gentillesse était le nouveau punk ? Comme note d'intention, James Gunn ne pouvait pas faire plus clair. De la même façon que son excellent The Suicide Squad donnait le ton en dix minutes, le Superman envoie ces maîtres-mots dès l'incipit. Espoir, plaisir et Kitsch. Bingo ! Inutile de rejouer la genèse, Gunn la bazarde en un carton d'explication et hop revoilà le fils de Krypton. Il a du pain sur la planche : une guerre au premier plan et Lex Luthor en coulisses. Et une question récalcitrante : comment être Superman dans un monde comme celui-ci ?
Une problématique abordée frontalement, dans la première demi-heure et de façon brillante. Un dialogue, et c'est réglé. D'un coup d'un seul, Gunn permet la jonction entre l'univers extravagant où les super-héros font du service public et la controverse suscitée par leurs actions sur l'équilibre des pouvoirs. Les répliques sonnent juste, l'homme d'acier fend l'armure et répète ses bonnes intentions face à une interlocutrice à la fois amusée et intraitable. Le fait qu'il s'agisse en plus d'une interview entre le superhéros et sa bien-aimée Loïs Lane ajoute encore une couche de complexité à cette dernière, qui doit jongler entre son éthique et sa morale. David Corenswet s'impose comme l'évidence dans le rôle titre, quant à Rachel Brosnahan elle pétille comme rarement une Loïs l'a fait. La grande réussite de Superman - et d'un bon film - tient à ça : des personnages cernés. Gunn y parvient, autant sur le couple star (dont l'alchimie est de toute beauté) que sur son antagoniste à la fois machiavélique et ridicule (ses colères sont drôlement puériles). Le constat s'applique également à plusieurs seconds-rôles, du Justice Gang à la compagne potiche en passant par le supporter lambda qui devient central lors d'une scène à la gravité inattendue. Ce monde, qui entre en résonnance directe avec le notre (le conflit en Boravie, la manipulation des médias, l'ingérence des ultra-riches sur la scène politique), on y croit. C'est l'autre point fort du long-métrage, la cohabitation entre l'emphase et la décomplexion.
Car il faut bien en mettre plein la vue aussi. Sur ce terrain, Gunn continue de régaler. Quantité de plans d'un Superman aérien sont à tomber par terre, et une séquence très amusante montre un combat du point de vue d'un humain confiné en plan-séquence. Et sur les couleurs, on est à l'antithèse de la palette terne des précédents films consacré à Supes. La photographie saturée Henry Braham est dans la droite lignée de ses précédentes collaborations avec le metteur en scène. Les couleurs vives pètent dans tous les coins, et même les décors les plus obscurs offrent une rivière de pixels chatoyants. L'humour n'est pas absent, loin de là, Nathan Fillion veille au grain avec sa coupe de cheveux insensée, l'ajout de Krypto (son rendu est franchement bluffant) apporte son petit lot de moments rigolos. Certains gags font mouche (les singes-bots), on est loin de la lourdeur qu'on trouve chez...d'autres (pas de polémique, comme dirait l'autre). On pourrait pinailler devant quelques incrustations moins réussies, ou le caractère programmatique de cette aventure. Mais ça fait un peu partie de la manœuvre. Jusqu'à sa conclusion, ce Superman nouvelle édition crie sa résolution à rester cette incarnation de la bonté, du désuet face à l'incompréhension générale. On a bien besoin d'entendre ça.