Orphelin en transit sur une Terre inhospitalière, Superman apparaît plus vulnérable que jamais. Car chez James Gunn, ce sont les faiblesses qui font les super-héros.
Et la première malice de cet énième opus est de tenir compte de son héritage, de sa lourdeur, de son passéisme. Évidemment, le vilain a eu le temps d'étudier le Héros, comme nous autres, et peut anticiper ses moindres coups. Le meta-humain est essoré par des decennies d'exploitation capitaliste. La question se pose : Superman est-il has been?
Avec la vigueur des futurs classiques, le film va à l'essentiel. Et ne transige pas avec le redoutable des antagonistes : ils ont avec eux le pouvoir et la norme. Et représentent de fait pour le héros la pire menace qui soit : marginalisation et exclusion. Ça ne vous rappelle pas un peu Les Gardiens de la Galaxie?
Responsables des conséquences de leurs actes, les héros sont renvoyés au dénominateur commun : critiques, mises en cause, suspicions. Que reste-t-il de Superman à l'ère du doute généralisé? Qu'est-ce qu'un héros sans une Foi qui le porte? Si même le couple se fissure?
Mais le film ne se contente pas d'ouvrir des pistes de réflexion philosophico-politiques. Non, il est avant tout un formidable divertissement porté par des personnages tous également attachants. L'art de la caracterisation par de petits détails : Loïs prend trop de sucre dans son café, Green Lantern complexe sur sa coupe de cheveux, l'acolyte de Luthor a un faible pour les donuts... Ça pourrait paraître dérisoire, mais c'est si bien amené, si bien adossé à des enjeux sentimentaux de premier plan, que l'univers vit.
C'est aussi simple que cela. On peut se battre en arrière-plan contre une amibe dimensionnelle sans interrompre la scène de réconciliation romantique. On peut défoncer la porte de Lex Luthor, sans passer par les sempiternels vigiles qui retardent la confrontation. On peut voir la toute-puissance superhéroïque d'emblée fragilisée par l'opinion publique, pire que la kryptonite... On peut tout faire, jouer avec les figurines pour y transposer ses idées, ses craintes, ses questionnements. Tant que les personnages restent, avec leurs failles et leurs forces.
C'est là que vous vous trompez sur moi! Je suis aussi humain que vous. J'aime, j'ai peur... Chaque jour, même si je ne suis sûr de rien, j'essaie d'avancer et de faire les meilleurs choix que je peux. Je me trompe tout le temps. Mais c'est ça, être humain. Et c'est ma plus grande force. J'espère qu'un jour, pour le bien du monde entier, vous comprendrez que c'est aussi la vôtre.