Après des années d’errances chez DC, Superman version James Gunn sonne comme un retour aux fondamentaux… avec une vraie touche d’auteur. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie propose ici une relecture lumineuse, sincère et résolument ancrée dans l’imaginaire des comics, à mille lieues des visions trop sérieuses ou désabusées que l’on a pu connaître.
James Gunn ne cherche pas à moderniser Superman à coup de cynisme ou de gravité forcée. Il revient à la source : celle d’un jeune homme à l’identité fracturée, élevé dans le Kansas mais héritier de Krypton. Ce Superman-là incarné avec fraîcheur et sobriété par David Corenswet n’est ni un dieu surhumain ni un symbole vide. C’est un homme animé par des valeurs simples, mais qui doute, vacille, apprend.
Gunn réussit à conjuguer émotions sincères et scènes spectaculaires, sans jamais sombrer dans le kitsch ou le pathos. Il filme Superman avec tendresse, comme une figure d’espoir, non pas mythifiée, mais réhumanisée.
Visuellement, Superman s’impose comme l’un des rares films de super-héros à embrasser pleinement l’esthétique comic book. La palette de couleurs est vive, contrastée, parfois même volontairement naïve comme sortie d’une planche. Les cadres sont clairs, dynamiques, composés avec précision, et les séquences d’action retrouvent une lisibilité trop souvent oubliée dans le genre. Gunn privilégie la clarté à l’esbroufe : chaque mouvement, chaque envol, chaque regard est filmé avec une vraie volonté de narration visuelle.
Sa mise en scène regorge de bonnes idées : ralentis discrets mais expressifs, points de vue iconiques sans être pompeux, transitions graphiques qui évoquent les cases d’une BD. Le tout au service du récit, sans jamais tomber dans la démonstration.
C’est peut-être là que Gunn prouve qu’il est le seul cinéaste hollywoodien actuel à véritablement comprendre l’univers des comics non seulement dans ses récits, mais dans sa forme.
Autre surprise : le film assume, de manière subtile mais claire, un sous-texte politique rare dans les productions super-héroïques contemporaines. En filigrane, Gunn évoque deux des plus importants conflits actuels dans le monde, questionnant la position d’un héros tout-puissant face à des tensions géopolitiques complexes. Ce regard, jamais appuyé, évite la morale facile tout en rappelant que Superman est aussi un témoin de son époque.
Cependant, tout n’est pas parfait. À force de vouloir tout poser correctement pour relancer le DC Universe, le film prend peu de risques narratifs. Le scénario reste linéaire, presque scolaire par moments. Le méchant, bien interprété, manque d’ambiguïté, et certains arcs secondaires (notamment autour de Lois Lane ou de la dualité Clark/Superman) semblent amorcés sans être pleinement développés.
Le film joue parfois la sécurité, comme s’il voulait éviter toute fausse note au risque de brider un peu la folie créative de son réalisateur.
Avec Superman, James Gunn réussit un tour de force : redonner vie au super-héros le plus ancien sans trahir ses racines. Grâce à une esthétique comic book affirmée, une mise en scène lisible et inspirée, une profondeur inattendue et une lecture politique discrète mais bien réelle, il signe un film lumineux, généreux et accessible. Malgré un scénario un peu trop sage, cette version de l’Homme d’Acier donne enfin envie de croire à nouveau en l’univers DC.