Difficile de ne pas apprécier la volonté derrière Superman. Non seulement un blockbuster qui a l'air d'avoir une proposition sincère, avec un réal qui aime le personnage et qui en plus pourrait avoir deux trois trucs à dire, refusant l'apolitisme inepte infectant la production hollywoodienne, en particulier super héroïque.
Malheureusement, le château de cartes s'effondre très vite. Notamment car l'écriture du film est marquée par la bêtise. Son côté politique, qui a pourtant causé pas mal d'émoi, s’enfonce dans la simplicité pour éviter d'en dire trop. Alors oui, le film condamne le fascisme (sans vraiment en parler) et les invasions de L'Ukraine et de la Palestine de manière quasi explicite, mais il se refuse absolument d'en explorer les causes. Dans le film, tout est la faute de Luthor. Le système qui lui a donné autant de pouvoir ? Jamais entendu parler. Le gouvernement ? Des chics types, des braves gars. Les médias ? Ils ont un peu tendance à enflammer l'opinion, mais au fond, ils ont la vérité à cœur. D'ailleurs, en parlant d'opinion, pour un film qui veut porter un message d'espoir, Superman a quand même l'air de considérer le clampin moyen comme un sacré blaireau. Même Lex Luthor, tocard insupportable et parodie évidente d'Elon Musk ne permet pas d'élever le message. Il n'est pas un imposteur bouffon, héraut et symptôme d'un système de classe à la dérive. Lex Luthor est le problème et n'existe que pour lui-même. Si le film avait eu le courage d'en faire la fraude débile qu'on se coltine à la télé, on aurait pu au moins en tirer quelques conclusions. Mais sur ce point, le personnage est respecté. Malgré son attitude, il est bien le génie et homme d'affaires qu'il prétend être, empêchant toute remise en cause sérieuse de son accession à un tel pouvoir.
On reste quand même bien au dessus de la propagande militariste d'un Marvel ou de Tom Cruise Jesus de la cascade, et on est pas là pour une leçon de géopolitique, mais quitte à faire les choses, autant le faire correctement. Même Pirates des Caraïbes faisait mieux, et avec moins de discours grand-guignolesques.
Parce que l'écriture est pas plus finaude que l'analyse. C'est souvent bien idiot, en particulier quand les personnages exposent leurs motivations et points de vue dans des dialogues d'exposition insérés au chausse pied, qui me font croire que les scénaristes considère le spectateur comme un peu trop benêt pour comprendre quelque chose sans qu'un dialogue bien bourrin vienne le souligner. L'intrigue a par ailleurs un peu de mal à créer de l'enjeu, la faute à des dangers trop rapidement désamorcés et qui ne sont urgents que dans une scène sur trois. Gunn réussit un peu mieux son pari avec l'humour et les personnages. Les blagues font assez souvent mouche, Hoult fait très bien le connard insupportable pétri de haine pour son Nemesis (pas ce que j'apprécie franchement de voir le plus dans un film, mais bon), et les trois héros pas bien réveillés du justice gang sont même carrément attachants. Chacun d'entre eux a d'ailleurs droit à son petit moment de bravoure, notamment Mister Terrific qui nous offrira la scène d'action la plus réussie du film. Finalement, le moins bien loti, c'est peut être Superman.
J'ai eu l'impression que le film ne savait pas vraiment sur quel pied danser avec le super héros. On a d'un côté un personnage que l'image tente sans cesse de rendre iconique, à coup de plans stylés sur une musique triomphante, alors que de l'autre côté, le pauvre garçon se fait rouler dessus en permanence. En dehors d'une toute petite scène, cathartique quand même, à la fin, j'ai rarement vu un film où le héros, super ou non, se faisait autant casser la gueule, arrachant la victoire aux mains de la défaite avant tout grâce à des interventions extérieures ou une opportunité saisie au vol. Les seuls adversaires contre lesquels il a l'air d'y arriver sans trop de soucis, c'est les immeubles qui s'effondrent. Qu'on nous montre un héros qui triomphe plus avec ses valeurs que ses poings, je suis tout à fait pour, mais c'est non seulement pas hyper fun de le voir se faire rincer pendant que le méchant crâne comme un blaireau pendant tout le film (c'était pas censé être feel good?), mais ses victoires finales ne sont pas non plus plus satisfaisantes, puisqu'elles ne résultent pas d'une victoire idéologique, d'une décision du personnage ou d'un changement de ce dernier. Quand le film débute, Superman vient de subir sa première défaite. Une prémisse qui laisse entendre la présence d'un arc, où un homme qui n'a jamais perdu doit apprendre quelque chose de plus pour vaincre son ennemi. Mais non. Le personnage n'évolue pas, si ce n'est qu'il se rapproche de son humanité plutôt que de ses parents, morts et salopards de surcroit, mais ça n'a pas tellement de lien avec sa manière de résoudre l'intrigue.
Mais qu'importe, au final, que Superman se fasse casser la figure par les super méchants, les méchants tout court et même son chien, si ça nous donne des scènes d'action sympa. Le film se débrouille plutôt bien dès qu'on sort de la castagne. Ça fait quand même plaisir de voir quelqu'un qui sauve des gens en sauvant des gens plutôt qu'en en tuant d'autres. C'est à ce niveau un portrait beaucoup plus plaisant que ce que pouvait nous offrir le Snyderverse. Mais ce sont aussi des scènes courtes, laissant la grosse part à la bagarre qui, un peu comme le reste du scénario, a eu du mal à m'investir. Pas folichonnes dans leur concept comme leur chorégraphie (à part celle de Mr. Terrific), les scènes d'action souffrent d'un manque d'enjeu et de renouvellement. Tout s'enchaîne sans que le montage ou le scénario ne mette l'emphase sur les décisions des personnages, l'arrivée de nouveaux dangers ou une idée brillante qui pourrait retourner la situation si seulement le héros parvenait à l'exploiter. Ici, les scènes tournent autour d'une idée initiale (un combat dans une rivière 3D, Superman est étouffé...) exploitée sans variation pendant un peu trop longtemps, avant que la situation ne soit résolu par un élément introduit quelques secondes auparavant, prévenant toute forme d'anticipation. J'ai par conséquent trouvé cela un peu plat, où les choses se passaient sans que j'y sois connecté. Certains films s'en sortent bien sans construire le scénario des scènes outre mesure, mais ils compensent par une mise en scène inventive ou des idées fortes. A part une caméra assez dynamique et proche de l'action, Superman n'offre pas grand chose.
Malgré tout ce que j'ai pu en dire, il reste difficile pour moi de répugner Superman, un peu comme il est difficile de rester en colère contre un petit cousin gentil mais bercé trop près du mur. Tous ses défauts ne lui enlèvent pas son énergie positive et sa volonté d'être plus, en tant qu’œuvre politique et de cinéma, que le marasme qui sévit à Hollywood. Encore quelques efforts et, qui sait, James Gunn pourrait devenir pertinent.