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Dix-neuvième film de Billy Wilder que je vois, réalisateur et auteur rapidement devenu l’un de mes favoris, et le mariage avec Agatha Christie sonne comme une évidence. Ce côté truculent, polisson, voire malicieux inhérent au cinéma du Viennois ne pouvait que s’accorder aux whodunits cosy et espiègles de la romancière britannique.
Qui de mieux pour nous servir cette histoire qui aujourd’hui, le temps en ayant vu défiler moult variations inspirées en tout genre, n'étonne plus personne, mais continue d'égayer grâce à son écriture et sa mise en scène. Par l’interprétation d’un Charles Laughton aussi méprisable que cocasse, en avocat malotru, capricieux, tempétueux et propice aux vices. Une sorte de Churchill du barreau (jusqu’au cigare). Celle d’une Marlène Dietrich vénéneuse par passion, la vamp fantasmée.
Witness for the Prosecution passe outre sa logique théâtralisation (au vu de son statut d’adaptation) en culminant par l’acte du tribunal, haut lieu de rituels scéniques, pour apporter des trouvailles fantastiques. Comme ce tiraillement ludique du notable, figuré par le monte-escalier, entre ses besoins de santé et son envie de replonger dans l’affaire, directement associée au tabac et à l’alcool comme une dépendance supplémentaire. Son métier lui donne la force de vivre, et qu’importe s’il doit en mourir.
Et cette force, elle transparaît à travers tout le film via l’énergie insufflée aux échanges, souvent retors, entre les différents partis. Le huis clos (exception faite de quelques flash-backs) ne paraît jamais en être un tant les discours donnent de l’image, de l’évasion, et les personnages semblent vivre hors du cabinet et de la salle d’audience.
Wilder persiste et signe, et transmute une œuvre assez classique en un classique. Charisme, intelligence et un brin de subversion taquine, la recette de Billy.