Voir aujourd’hui Tendre poulet pourrait faire dire au spectateur actuel que ce film de la fin des années soixante dix est quelque peu suranné. Il n’en est rien. Le personnage de femme-commissaire, incarné magistralement par Annie Girardot, est victime de la misogynie ordinaire de ses collègues masculins ne valorisant pas sa compétence et ses succès dans son travail ( qu’elle songe même à une démission pour faire entendre son ras-le-bol).Et quand un ancien camarade d’université débarque accidentellement dans sa vie, Lisette ne veut pas lui avouer sa profession de peur qu’Antoine en ait peur ou la rejette. Ce portrait de mœurs reste très moderne aujourd’hui, et sur ce point d’analyse de Tendre poulet, le film n’a donc pas vieilli. Ce que j’ai beaucoup aimé sur l’aspect policier du film de Philippe de Broca, c’est qu’il est décloisonné sans complexe dans son imagerie. Il n’y a qu’à voir Lisette mener deux interrogatoires de front entre une voiture de police et un fourgon pour faire progresser son enquête sur « l’assassin au poinçon ».Le commissaire n’est plus collé à son bureau pour interroger le témoin, il est sur le terrain pour creuser et avancer. Pour l’époque, c’est révolutionnaire et aujourd’hui c’est plutôt très commun.En tenant la corde entre l’enquête policière ( dont le coupable et son mobile sont plutôt inattendus)et le possible rapprochement entre Antoine ( ne négligeons pas non plus la performance ironique du vieux garçon face au monde de Philippe Noiret) et Lisette, Philipp e de Broca imprime un tempo formidable au film où scènes rapides et dialogues au tac au tac se dégustent avec délectation.Au final, une habile comédie policière où on ne boude pas son plaisir avec des personnages secondaires valorisés et des vues de Paris réjouissantes.Revoir aujourd’hui un film de Philippe de Broca, c’est réaliser l’emprunte fondamentale qu’il a donné au cinéma français et de comprendre que son style est loin d’être égalé.