Tenet, le nouveau défi visuel, sonore, et architectural de Nolan est symptomatique d’un certaine idée ressassée de la “mort du cinéma” qu’on entend depuis ses débuts et dans laquelle le réalisateur se perd. Plongé dans des concepts toujours plus fous, ici, il est (concrètement) question du Temps, d’inversion temporelle. Nous sommes déjà habitué.e.s dans ses films à ses techniques de montage alterné, ses voyages d’espaces, et sa quête obsessionnelle d’un ordre du monde. Mais le concept prometteur du film qui permet à des séquences visuelles à double sens, à double temporalité de se jouer à l’écran ne parvient pas (à quelques exceptions près) à convaincre. L’ambition et la volonté de créer une intensité cinématographique jamais vue se noie entièrement dans une succession interminable de spectaculaire (scènes d’action infinies avec un rythme effréné (montage et musique) où la respiration entre les scènes n’existe plus ; cascades / explosions réelles et sans effets numériques ; tournage en pellicule et projection IMAX, etc).


Au delà de ce bourrinage hors du commun qui peut rappeler l’expérience d’un jeu vidéo de type die and retry, Nolan pousse encore plus loin son projet “sensationnel” vicieux en écrasant le spectateur d’un baratin scientifico-métaphysique volontairement incompréhensible. La pédagogie qui nous laissait autrefois apprécier ses films aux intrigues farfelues, nous en sommes désormais privé.e.s. De plus, dans cet amas palindromique, les incohérences du film prolifèrent, donnant pour seul excuse la réplique "N'essayez pas de le comprendre. Ressentez-le." : quelle ironie pour un film qui semble imposer à son spectateur un second visionnage (au moins) pour en comprendre l’essence…


De l’altitude à laquelle se trouve Nolan, il nous théorise le cinéma et les sensations, en revanche il omet d’y placer des êtres humains pour y incarner des émotions (le protagoniste du film (John David Washington) s’appelle littéralement “Le Protagoniste”, il n’a aucun développement et ne jouit même pas d’un dévouement personnel à la fin du monde, c’est un simple exécutant ; Sator (Kenneth Branagh) incarne un méchant russe démiurge (quelle originalité) sans aucune nuances, etc). Le réalisateur se focalise uniquement sur son récit et tente de rétablir l’ordre dans le monde en nous parlant pourtant de déterminisme pendant 2h30, voilà alors “l’étau temporel” dont il est question ! Du pur génie !


Critique à lire sur Le Crible


IG: https://www.instagram.com/lecrible_/


FB: https://www.facebook.com/LeCribleMagazine/)

Psukhe
5
Écrit par

Créée

le 22 oct. 2020

Critique lue 96 fois

Tenet

Tenet

4

lhomme-grenouille

le 27 août 2020

Suivre

L’histoire de l’homme qui avançait en reculant

Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...

Tenet

Tenet

5

guyness

le 25 août 2020

Suivre

Tenet, mais pas sans bavures

Un célèbre critique de cinéma expliquait (à moins que ce ne soit mon grand-père, qui n’était pas à un paradoxe près) que si une intrigue avait besoin tous les quarts d’heures d’un long tunnel...

Tenet

Tenet

9

Behind_the_Mask

le 26 août 2020

Suivre

La relativité du temps et de l'approche du blockbuster contemporain

Il faudra un jour qu'on m'explique. Car, sans doute, je ne comprends pas tout. Encore une une fois, soupirerez-vous. Aujourd'hui, tout le monde s'accorde sur le fait que le blockbuster made in USA,...

Swallow

Swallow

9

Psukhe

le 3 mars 2020

Suivre

Absorber les maux de la société : un récit d’émancipation féminine brutal et essentiel.

Pour Swallow, le réalisateur s’est inspiré du destin de sa grand-mère qui durant son mariage fut contrainte par son mari d’être internée, de subir des électrochocs, et une lobotomie. Ici, il utilise...

Si c’était de L’Amour

Si c’était de L’Amour

10

Psukhe

le 11 mars 2020

Suivre

Le voyage mouvementé qui effleure le désir, l’amour et le temps : un film-vivant sublime et innovant

C’est en plaçant le corps de la caméra près des danseuses et danseurs lors des répétitions du spectacle Crowd de Gisèle Vienne (Rave party des années 90 : électrisante, ralentie, violente et...

1917

1917

8

Psukhe

le 18 janv. 2020

Suivre

Un corps respirant

1917 est un film dont l'histoire s'inspire des souvenirs de guerre du grand-père du réalisateur, Sam Mendes. Deux jeunes soldats britanniques ont pour mission quasi suicidaire de traverser le camp...