Terminator : Dark Fate, Tim Miller, U.S.A, 2019, 128 min

Chapeauté par Cameron himself, au scénario et à la production, « Terminator – Dark Fate », réalisé par Tim Miller, se présente comme le véritable troisième opus de la franchise. Il n’est pas vraiment mauvais, et même plutôt bon, grâce à d’excellentes idées et malgré des critiques injustifiées. « Dark Fate » c’est un peu le mauvais retour gagnant, ou le bon retour perdant… Tout dépend de si on voit le verre à moitié vide, ou bien à moitié plein.


Le film n’est pas aussi énorme qu’il aurait dû (ou pu) l’être, mais il s’en dégage une vraie sincérité, et l’envie de délivrer un bon Terminator, après trois tentatives pas ouf. Tout partait donc sous les meilleurs auspices, jusqu’à ce que le métrage se ramasse au box-office étatsunien. Son réalisateur s’est alors mis à cracher sur James Cameron, lui imputant à lui seul cet échec. L’omniprésence de ce dernier ne lui aurait pas laissé la liberté créative nécessaire. Bon, venant d’un cinéaste dont le seul autre film est « Deadpool »… Je vous laisse juge de cette information.


De plus, Miller est un habitué du fait, puisqu’il avait dit la même chose de Ryan Reynolds pour « Deadpool 2 », duquel il s’est fait limoger la veille du tournage. Et pour peaufiner son portrait, en 2024, en sa qualité de producteur exécutif, il a lui-même saccagé l’adaptation de « Borderland ». Après des reshoot et un remontage aléatoire, il a délivré un résultat immonde, avec l’un des pires blockbusters jamais vus. Donc bon… Voilà un peu qui est ce Tim Miller, qui désavoue ce « Terminator – Dark Fate » qui se révèle pourtant être la meilleure entrée de la franchise depuis le deux, rien que ça. Son échec commercial repose sur bien autre chose qu’un simple désaccord artistique.


Pour commencer, le métrage se place intelligemment dans la continuité directe des deux premiers volets, avec lesquels résonne le « Dark Fate » du titre. Cette sombre fatalité était déjà présente au centre du récit de « Judgment Day ». On y voit même Sarah Connor graver « No Fate » au couteau sur une table en bois. Par la négation de la fatalité, refusant de se résigner à attendre l’Apocalypse, elle devenait une figure hérésiarque, capable de tout, sans avoir rien à perdre. C’est à cette essence du personnage que revient « Dark Fate », la confrontant à l’adversité, au lieu de s’en remettre à une hypothétique force supérieure. Cela forme une trilogie étonnement cohérente, où n’a plus sa place un « Terminator 3 », qui ne parvenait pas à se réinventer, reposant tout sur l’inéluctabilité de l’Apocalypse selon SkyNet,


Dans « Dark Fate », finito SkyNet, la firme a bel et bien été détruite lors des évènements du deuxième film. Mais l’évolution suivant son cours, au fur et à mesure que l’humanité progresse, les mêmes problématiques réapparaissent encore et encore. Un lien fort persiste ici entre la franchise et l’idée d’une mutation technologique outrancière, qui, en 2019, était bien plus concrète qu’en 1984 ou 1991. Cette fois, le récit part d’une I.A renégate, nommée Legion, et non plus d’une prise de contrôle de l’arsenal militaire par les machines. La démarche est en ce sens sensiblement différente. Dans un monde où l’homme le plus puissant est Donald Trump, à la tête d’une puissance nucléaire incroyable, et qui parle de créer une armée de l’Espace, tout de suite une œuvre comme « Dark Fate » s’impose en vitrine de son époque.


Ce n’est pas un hasard si le personnage central du récit est une femme mexicaine. Une caractéristique qui se retrouve dans « Rambo : Last Blood », le cinquième Rambo, lui aussi sorti en 2019. Avec sa légère subversion, plutôt inattendue dans un blockbuster à 185 millions de $, « Dark Fate » réussit là où les autres suites se sont plantées. Il se place ainsi dignement dans la lignée de « Judgment Day », qui se présentait comme un pamphlet des abus du reaganisme, et une inquiétude sur la transformation rapide du monde, ce fameux “Nouvel Ordre Mondial” de feu George Bush père. Sauf que cette fois, c’est du Trumpisme que vient nous parler Cameron.


Toutefois, le métrage fait preuve d’un ton bien plus pessimiste que les deux premiers opus, où l’espoir demeurait un leitmotiv. En 2019, cette notion semble évaporée, tel le constat d’un monde qui s’écroule inexorablement sur lui-même. Au-delà, commence même à poindre l’idée d’une civilisation diverse, très différente, où ce qui dérange n’est pas le bienvenu : à savoir l’étranger, les pauvres, les migrants, et toutes celles et ceux d’autres obédiences… Alors que la fin de la civilisation occidentale/capitaliste dérive plus que dangereusement sur la voie du « 1984 » d’Orwell, James Cameron vient proposer une vision dans laquelle se retrouvent les thématiques les plus emblématiques qui parcourent tout son Cinéma, apposé aux problématiques de notre temps.


Dans le cinéma de James Cameron, la société occidentale est sclérosée, et elle a basculé au-delà du bon sens et de la réalité. Elle est dirigée par une pseudo-intelligentsia qui répète inlassablement les mêmes taches bureaucratiques, déconnectées d’un monde dont elle ignore tout, mais pour lequel elle prend des décisions, forcément inadéquates avec toute forme de logique. Tous ses films font état de ce constat, qu’il observe très certainement à travers ce qu’il se passe dans le monde, tout simplement. Du bureaucrate/technocrate au cyborg dénué d’émotion, il n’y a finalement qu’un seul pas.


C’est de la déshumanisation de l’humain dont parle James Cameron à travers « Dark Fate », et de cette perte de repère, de ce que c’est qu’être humain, qui entraine la disparition progressive des libertés, au sein de sociétés de plus en plus amenées à se défendre par le biais d’une violence d’État décomplexée, où le moindre troufion avec un minimum d’autorité, peut faire usage de cette dernière pour rabaisser, humilier, insulter et frapper. Il suffit de voir les vidéos des agents de la ICE aux U.S.A, mais il n’y a même pas besoin d’aller chercher dans l’Amérique nauséabonde du milliardaire orange pour trouver ces dysfonctionnalités, puisque par chez nous, c’est la même ritournelle qui se met en place.


Une séquence de « Dark Fate », située vers 2020, montre jusqu’à quel point l’humanité peut se renier. Les passages de guerres futuristes dans « The Terminator » et « Terminator 2 » reflétaient une pure tradition S-F, avec ses fusils laser et ses tenues de combat du futur, le tout dans un décor post-apo’. Ici, le futur ressemble plus à ce que l’on peut voir au 2 h dans le journal télévisé de n’importe quelle chaine, de n’importe quel pays. Le futur de « Dark Fate » n’est pas un fantasme pulp, il est plausible. Fini les lasers et la gueguerre du futur, les machines n’ont plus qu’à attendre que l’humanité s’autodétruise. Cette humanité au sein de laquelle les désargentés sont broyés par un modèle sociétal désiré par une élite scélérate.


Ce monde froid et déshumanisé, correspond à l’idéologie des plus fous technocrates qui, pour imposer leur vision unique, divisent une masse populaire désuniformisée, pour qui la survie passe par l’affrontement avec ses semblables. Il faut être prêt à tuer pour manger, pendant qu’au-dessus se gaussent les dirigeants le plus infâmes. Dans le cadre de « Terminator - Dark Fate », cette élite s’évoque par l’I.A qui livre une chasse sans merci contre le peu de survivants d’un monde disparu, qui osent encore se dresser contre un modèle mortifère.


Au départ, « Dark Fate » fut envisagé comme l’amorce d’une trilogie. L’ultime séquence ouvre d’ailleurs sur une suite à venir. Malheureusement, son faible résultat au box-office U.S a mis fin au projet, ce qui constitue un véritable drame dans ma vie. En tout et pour tout, c’est la 3ème tentative de relancer la saga, qui se plante. En 2009 « Terminator – Salvation » devait être le 1er opus d’une trilogie, pas de bol, le film s’est planté. En 2015, l’abominable « Terminator – Genysis » devait être le 1ier opus d’une trilogie, pas de bol, le film s’est planté. Et c’est un peu dommage de se dire que « Dark Fate » est perçu au même niveau que ces deux échecs, alors qu’il est tellement plus, à commencer par le fait qu’il soit réussi.


Il essaye d’innover et de réinventer la franchise, tout en restant fidèle à ce que proposaient les deux premiers opus. Pour exemple, vous vous êtes peut-être déjà demandé ce que deviendrait un Terminator après avoir accompli sa mission ? Et bien, « Dark Fate » répond à ça. Inattendu et surprenant, surtout que ce n’était pas gagné, ce nouvel élément fonctionne parfaitement, et permet de mettre en place un arc narratif émotionnellement fort entre Sarah Connor et la machine. Il permet l’émergence de réflexions un petit peu plus poussées sur le concept d’Intelligence Artificielle, sur le libre arbitre et sur ce que c’est que d’avoir une conscience.


Il y a également un discernement établi autour des notions de bien et le mal, qui n’existe pas, puisque rien n’est foncièrement mauvais, et rien n’est absolument bon. Cette réflexion fragilise une fois de plus l’idée de fatalité, car le bien et le mal composent un prisme sur lequel se déplace un curseur. Peut-on juger Sarah Connor ? Peut-on émettre un avis sur le T-800 qui nous est présenté ? Tout ça pose la question de la rédemption, où est-ce qu’elle commence, et où est-ce qu’elle finit. Cela renvoie au sacrifice de Miles Dyson dans « Terminator 2 ».


En tant que spéctateurices, le métrage nous place en porte-à-faux, et nous demande un effort de projection. Ce qui est montré à l’écran n’est pas juste ce qui est à prendre, bien plus se cache derrière, à la libre interprétation, bien entendu de chacune et chacun. Le choix d’avoir fait revenir Linda Hamilton, permet de continuer l’arc narratif de Sarah Connor, qui est la véritable héroïne de la saga, ce n’est pas le Terminator. Au-delà du plaisir de retrouver l’actrice, dont l’alchimie avec Arnold Schwarzenegger est parfaite, c’est une joie de retrouver un personnage iconique, car à l’instar d’Ellen Ripley avec « Alien », Sarah Connor est l’une des protagonistes majeures de la pop culture. Ils avaient même essayé de faire une série sur elle, dans les années 2000, mais sans succès. En même temps, difficile sans Linda Hamilton…


D’ailleurs, « Dark Fate » propose différentes protagonistes : une Sarah Connor des plus bad ass, Dani Ramos, enjeu central du récit, et Grâce, une humaine augmentée venue du futur. Le sort du monde dépend dans ce métrage de trois femmes, et c’est là l’une des raisons pour lesquelles le projet s’est fait exploser par nombres de soi-disant fans. Le film a beau être sorti en 2019, l’accusation de wokisme était déjà en vigueur. De plus, James Cameron a pris une décision radicale, qui sert d’introduction, et qui a fait exploser tous les ouin ouin les plus fragiles. Le métrage a carrément été accusé par certain d’avoir « tué leur enfance », rien que ça. Mais le simple fait que le film soit porté par des femmes a suffi pour qu’il se fasse éclater méchamment.


C’est une fois de plus complètement stupide, puisque je rappelle que Sarah Connor est la véritable héroïne depuis 1984. La trilogie « Alien » est portée par une femme entre 1979 et 1992. Et il existe tout un tas d’autres exemples. S’arrêter à ça, c’est ne vraiment rien comprendre à ce qu’est la trilogie « Terminator ». Ces personnes qui viennent chialer au moindre changement qu’on fait dans les univers artistiques qu’ils aiment, quelque part, ils le méritent. Ce qui est dommage c’est qu’ils entachent les retours d’un film qui n’a pas besoin de ça. Pour exemple, sur IMDB, sa note est de 6,2/10, parce que n’importe quel crétin peut noter, Cependant sur Rotten Tomatoes, il est possible de voir comment le film est véritablement reçu.


La note de la critique est de 7/10, ce qui n’est pas top, mais c’est quand même bien. En revanche, la note spéctateurice, qui sur Rotten Tomatoes nécessite de justifier d’avoir vu le film, est de 8,2/10. Maintenant, si on prend la note IMDB de « Terminator Genysis », qui est de 6,3, soit 0,1 point de plus, et bien sûr Rotten Tomatoes, on est à 2,6 pour la critique et 5,2 pour les spéctateurices. Hum. Voilà qui en dit long, sur la qualité d’un métrage qui appelle clairement à la découverte, voire même la redécouverte et qui mérite amplement sa place dans une désormais trilogie, qui devrait demeurer comme telle. Le film offre ainsi une bonne conclusion, même si on reste un peu sur notre faim, mais James Cameron est plein de surprise, et a certainement des petites idées pour cette franchise, et peut-être n’a-t-il pas dit son dernier mot.


« Terminator – Dark Fate » est une œuvre généreuse, démontrant une indéniable envie d’offrir le meilleur Terminator possible aux personnes qui chérissent sincèrement cette saga. Il réussit de plus à briser ce que faisaient jusque-là les différentes suites formatées. Le métrage se réapproprie ainsi tout l’univers avec l’audace de la nouveauté et de l’inattendu, parvenant à surprendre, tout en restant scrupuleusement respectueux du matériau original. Ça change diamétralement des Marvelades et des Stars Warseries, en proposant des enjeux actuels, et une vraie réflexion, tout en offrant de nombreuses séquences d’actions spectaculaires, qui arrivent à ne pas ronger le récit et interférer sur le développement des personnages.


« Dark Fate » sait en plus se montrer cool, comme avec son nouvel antagoniste, le REV-9, qui est une sorte de T-1000 amélioré qui ne laisse absolument aucun répit aux protagonistes. L’enchainement des séquences d’actions crée une urgence interminable et offre au film son côté haletant. En franche réussite qu’il est, il se regarde avec un plaisir démesuré, cochant absolument toutes les cases que l’on est en droite d’attendre d’un Terminator, et même plus. Ce sixième effort, qui sert donc de troisième suite, se situe bien bien au-dessus des trois autres tentatives, qui, pour le coup, échouaient exactement là où celui-là triomphe.


La vraie déception de « Dark Fate » ce sont ses résultats au box-office étatsunien, et le fait qu’il restera lettre morte. Il aurait pourtant été tellement bien de pouvoir découvrir la suite des aventures de Sarah Connor, Dani Ramos et Grace, qui auraient peut-être, qui sait fait évoluer la formule « Terminator » vers d’autres horizons. Mais bon, ça, c’est désormais l’affaire de notre imagination, et d’un côté, les exécutifs d’Hollywood n’ont aucune mainmise dessus, donc libre à chacune et chacun de laisser son imaginaire errer dans les plaines infinies de tous les possibles que nous permet l’immense potentiel légué assez abruptement à la fin du métrage.


Toujours est-il que c’est un exceptionnel baroud d’honneur pour Linda Hamilton et Arnold Schwarzenegger, qui réalisent ici leurs adieux à une franchise qui les a élevés au rang de star il y a maintenant plus de 40 ans. Il y a une nostalgie indéniable qui se dégage de ce troisième volet, mais Cameron comme Miller ont eu la décence de ne pas tout miser dessus, bien au contraire même. C’est d’ailleurs très certainement ce qui fait de cette œuvre à la fois l’excellente suite qu’elle est, mais aussi cet objet abouti, qui lui permet d’exister totalement par elle-même, et c’est tout ce qu’on pouvait lui demander. Même si bien entendu, cette fin ouverte, qui promettait tant, ne sera sans doute jamais refermée. Mais le Cinéma est plein de surprise, et en 2019 cette suite n’était plus attendue, donc, qui sait, peut être que le futur nous réserve mieux que les décisions d’une I.A incontrôlable, et plutôt une suite à ce superbe « Terminator – Dark Fate ».


-Stork_

Peeping_Stork
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Terminator

Créée

le 10 févr. 2020

Critique lue 104 fois

Peeping Stork

Écrit par

Critique lue 104 fois

D'autres avis sur Terminator : Dark Fate

Terminator : Dark Fate

Terminator : Dark Fate

6

Behind_the_Mask

1494 critiques

¿ Si senior ?

Les gardiens du temple vous diront sans doute, depuis Le Jugement Dernier, que la saga Terminator, c'est plus trop ça. Ou le jugent comme tel, du moins, en forme d'affirmation péremptoire. Alors même...

le 26 oct. 2019

Terminator : Dark Fate

Terminator : Dark Fate

2

Sullyv4ռ

174 critiques

Il n'y a pas de destin mais... Faudrait peut-être arrêter de se foutre de notre gueule 5 minutes !

Honnêtement je ne pensais pas voir ce film, la bande annonce avait suffit à me décourager de le découvrir en salle, mais je me suis dit qu'il faudrait que je découvre le massacre tôt ou tard, donc...

le 12 nov. 2019

Terminator : Dark Fate

Terminator : Dark Fate

2

Buddy_Noone

612 critiques

L'histoire sans fin ?

L'ennui avec la franchise Terminator c'est que ses propriétaires successifs refusent de la laisser mourir. En 1991, la conclusion de Terminator 2 Le Jugement dernier n'appelait pas vraiment de...

le 17 janv. 2020

Du même critique

The Way Back

The Way Back

10

Peeping_Stork

392 critiques

The Way Back (Gavin O’Connor, U.S.A, 2020, 1h48)

Cela fait bien longtemps que je ne cache plus ma sympathie pour Ben Affleck, un comédien trop souvent sous-estimé, qui il est vrai a parfois fait des choix de carrière douteux, capitalisant avec...

le 27 mars 2020

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

6

Peeping_Stork

392 critiques

Gretel & Hansel (Osgood Perkins, U.S.A, 2020, 1h27)

Déjà auteur du pas terrible ‘’I Am the Pretty Thing That Lives in the House’’ pour Netflix en 2016, Osgood Perkins revient aux affaires avec une version new-Age du conte Hansel & Gretel des...

le 8 avr. 2020

The House on Sorority Row

The House on Sorority Row

9

Peeping_Stork

392 critiques

The House on Sorority House (Mark Rosman, U.S.A, 1982)

Voilà un Slasher bien particulier, qui si dans la forme reprend les codifications du genre, sans forcément les transcender, puisqu’il reste respectueux des conventions misent à l’œuvre depuis 3 ans,...

le 29 févr. 2020