The Bride ! s’offre d’abord au spectateur comme un film de possession. Surgissant de l’au-delà, Mary Shelley (Jessie Buckley) s’empare du corps et de l’esprit d’Ida (la même Jessie Buckley) afin d’achever dans la réalité du film son projet littéraire avorté – soit La Fiancée de Frankenstein. La séquence fait naître le début d’un commentaire sur la persistance d’une création, fût-elle empêchée par la mort de son créateur, tandis que la possédée se contorsionne et éructe des propos incohérents et accusateurs à l’encontre d’un parrain de la pègre locale, spectateur de la scène. Mais Ida, par sa mort scénaristiquement aussi attendue que ridiculement banale, cède sa place à l’écran au monstre de Frankenstein (Christian Bale). En quête d’une âme sœur, le dénommé Frank débarque à Chicago, au cabinet du Dr. Cornelia Euphronius (Annette Bening), seule scientifique capable de lui fournir la compagne idéale. Le film se recentre alors sur la mélancolie du Monstre, que les musicals de Ronnie Reed (Jake Gyllenhaal) constituent le seul remède. Belle idée d’ailleurs que de figurer le cinéma comme antidote à la solitude existentielle. Mais l’heure est désormais à la résurrection d’Ida.
Si le sujet de The Bride ! est la confusion identitaire dont souffre la fameuse Fiancée (est-elle Mary Shelley ? Ida? Ou sa version monstrueuse ?), sa forme, en revanche, imite celle de la créature littéraire de Mary Shelley. La scénariste et réalisatrice Maggie Gyllenhaal assemble ici des inspirations narratives, esthétiques et discursives disparates. À l’écran, se succèdent alors un numéro de musical plutôt inspiré, une vaine intrigue de film noir, des poncifs féministes (« Me too ! Me too ! » hurle La Fiancée lors du climax) et une réflexion convenue sur la monstruosité, le tout dans une ambiance de midnight movie punk à 80 millions de dollars. Mais la greffe ne prend pas. Il n’y a ni rupture de ton, ni continuité narrative ; juste un amas d’intentions. Un film monstrueux, assurément.