Portrait de l'artiste en réalisateur de nanars

Un film qui tient toutes les promesses de sa bande-annonce, sans plus. C'est évidemment déjà beaucoup : le matériel promotionnel vous annonce une épopée burlesque de la cinéphilie monstrueuse, et nous l'avons. Le film est hilarant. On attend à côté de ça un portrait empathique de personnalités sans talents mais habités par leurs rêves : c'est bon, et j'ajoute que James Franco, dans son interprétation de Tommy Wiseau, réussit à être grotesque avec mesure, ce qui est sans doute aussi difficile à faire qu'à concevoir ou à écrire. Vous voulez une amitié malsaine traversée de tension amoureuse unilatérale ? Y en a. Une satire de l'industrie du rêve hollywoodienne ? Aussi.


En somme, tout ce qui nous était promis, nous l'avons, mais traité à un rythme rapide, et dans un format qui, rapporté à la densité du programme, paraît trop court, et fait que de nombreux aspects semblent simplement esquissés. Ceux qui s'attendaient à une œuvre aussi émouvante sur le cinéma de seconde zone que l'Ed Wood de Tim Burton en seront pour leurs frais. De cette matière très riche, James Franco n'a tiré qu'une comédie extrêmement efficace, intelligente et respectueuse de ses personnages - dans une certaine mesure -, en n'exploitant que très superficiellement les autres aspects possibles que lui offrait son sujet. D'où cette impression d'avoir assisté à un excellent développement de la bande-annonce, sans avoir obtenu le surplus de profondeur ou de densité qu'on pouvait attendre du récit de cette histoire incroyable. Le film ne se laisse pas le temps de respirer, comme si l'enflure du mauvais mélodrame dont il raconte le tournage avait dissuadé James Franco d'accorder à son propre film un peu de liberté pour tout subordonner à l'impératif de divertir immédiatement le spectateur.


The disaster artist reste un excellent divertissement, mais dont j'attendais un petit peu plus. Le paradoxe veut qu'il s'agit d'un très bon film à qui il manque un peu de personnalité, réalisé à propos d'un très mauvais film qui lui en avait beaucoup.

JohannLeuwen
7
Écrit par

Créée

le 10 mars 2018

Critique lue 254 fois

Johann Leuwen

Écrit par

Critique lue 254 fois

D'autres avis sur The Disaster Artist

The Disaster Artist

The Disaster Artist

3

Fry3000

681 critiques

Leave your stupid movie in your pocket

Il y a beaucoup de nanars que je préfère à The room, mais ce qui ne cesse de me captiver avec ce film, c’est tout ce qu’il y a autour, et surtout, le personnage improbable de son créateur, Tommy...

le 3 déc. 2017

The Disaster Artist

The Disaster Artist

5

Moizi

2569 critiques

Outre le fac-similé, c'est un peu vain

Si comme tout le monde j'ai découvert The Room il y a quelques années, avec ses répliques cultes, ma scène préférée étant forcément le « Oh, Hi Mark » (pas bien original), ça n'est de loin pas mon...

le 23 févr. 2018

The Disaster Artist

The Disaster Artist

5

WallydBecharef

108 critiques

Critique de The Disaster Artist par Wallyd Becharef

Le film tient tout son problème dans son propre sujet : c'est un film sur un foutu meme. Vraiment, je n'ai jamais vu film plus meta. Et c'est un fan de[i] 22 Jump St[/i] et the [i]This is the end[/i]...

le 28 févr. 2018

Du même critique

Le Trio infernal

Le Trio infernal

8

JohannLeuwen

9 critiques

Une perle grand-guignolesque

Les amateurs de comédie noire doivent se précipiter sur celle-ci, particulièrement poivrée. Ce ne sont que corps plongés dans des bains d'acide, puis déversés dans le jardin avec un clapotement...

le 13 sept. 2017

La nuit a dévoré le monde

La nuit a dévoré le monde

6

JohannLeuwen

9 critiques

Robinson et ses zombis chez Haussmann

Ce n'est pas un mauvais film, mais pour autant, ira t-on jusqu'à dire qu'il est bon plutôt que simplement regardable ? C'est une fiction sérieusement conçue et réalisée, mais dont le problème...

le 17 mars 2018

J'ai tué Jesse James

J'ai tué Jesse James

6

JohannLeuwen

9 critiques

Le traître Robert Ford, anti-héros, comédien et martyr

Jesse James, c'est la légende. Bandit romantique comme Robin des Bois, trahi par un de ses potes comme Jésus, on lui a tiré dans le dos alors qu'il époussetait tranquillement un tableau dans sa...

le 8 févr. 2018