Son premier Submarine était séduisant et audacieux, garni de tics indés à ça d’être irritants mais installant clairement l’univers Ayoade dans la mare des réalisateurs à guetter avec attention : un univers graphique, cynique et nostalgique. L’étape du film cadet est toujours casse-gueule, et, ô joie, The Double est non seulement une réussite totale mais – plus encore – un triomphe de cinéma.

Adaptation de Dostoïevski dans un monde totalitaire clos tout en ombres et en lumières tamisées, on pense à Brazil, on pense à Lynch, avec toute la verve impertinente propre à Richard Ayoade.
Jesse Eisenberg, pour qui je n’avais jamais spécialement eu d’affinités auparavant, trouve ici son meilleur (double) rôle : irréprochable à tous les niveaux, il arrive à faire exister parallèlement le timide Simon et l’impétueux James juste à travers son jeu – aussi – très physique, et ce malgré leur gémellité parfaite. Face à ce duo antagonique, Mia Wasikowska joue les troubles-cœurs énigmatiques, discrètement lumineuse, incognito dans sa solitude lunaire. S’ajoutent de nombreux et excellents seconds rôles, dont une bonne partie du casting de Submarine. Il me semble impossible d’imaginer qui que ce soit d’autre dans n’importe quel personnage tellement la distribution sonne terriblement juste.

Histoire de confusion(s) d’ego(s), d’obsession(s) et de désenchantement(s), The Double sait pourtant user d’un humour ravageur pour désamorcer la noirceur redoutée, ce qui ne rend cette farce existentielle que d’autant plus attachante et miraculeuse. Débordant d’une inventivité visuelle constante et enveloppé par une BO absolument magistrale, où se croisent vieux rock japonais (Blue Chateau pendant l’extraordinaire scène du restaurant) et compositions baroques d’Andrew Hewitt, The Double est ma surprise filmique la plus inattendue de l’année, et je ne vois pas pourquoi j’irais lui attribuer des embryons de défauts poussifs pour ne pas trop faire mon fanboy, alors même qu’à mes yeux il frôle le sans-faute. Sinistre, cocasse, singulier et oppressant, réflexion (positivement) bavarde sur l’existence de l’Autre et de Soi, quête sur l’hypothèse du double, cette deuxième réalisation vise très haut – en en faisant beaucoup mais jamais trop. Et bien qu’il risque de passer - hélas - inaperçu lors de sa prochaine sortie en salles, je ne peux que le conseiller doublement et plus encore.
porygonzero
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le 31 juil. 2014

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porygonzero

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