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Antichrist
Alors que la polémique gonflait depuis quelques heures sur la prétendue violence de son film, alimentée par les nombreux claquements de porte lors de la projection officielle au Festival de Cannes...
le 16 oct. 2018
Retour en grandes pompes du cinéaste danois réputé pour sa provocation d’intellectuel démiurge, The House That Jack Built retrace le parcours « d’incidents » - manière cynique de parler de meurtres - vécus par Jack au long de sa carrière de serial killer. Au visionnage de l'oeuvre on ne peut s’empêcher de penser au parallèle presque épuisant qui existe entre le personnage principal du film et son réalisateur Lars von Trier. Jouant toujours de l’autocitation comme d’une arme qui lui permettrait plus encore que d’expliquer son art, de le sublimer. On retrouve comme d’accoutumée chez le cinéaste, l’envie de tendre une fibre documentaire en parallèle à son univers de fiction, comme pour rationaliser les actes qui paraîtraient d’origine improbables. Il sacralise les situations qu’il crée en picturalisant ses cadres qui par la force des choses en deviennent des tableaux aux évocations multiples (on remarquera aussi la reconstruction du tableau de Delacroix, La Barque de Dante), imprégnation du style désabusé et baroque de l’œuvre qu’est la filmographie du réalisateur danois.
La voix-off qui va accompagner Jack pendant tout le chemin qui permet de retracer des moments aléatoirement choisis de sa vie, n’est autre que celle de « Verge » (en anglais, qui deviendrait vraisemblablement Virgile en français, celui qui conta l’épopée de la descente aux enfers d’Enée). Il est donc rapidement instauré que cette histoire n’est pas celle d’une rédemption mais bien d’une chute, qui se finira lorsque le protagoniste arrivera au bout de son propre chemin. Le suspens s’en retrouve rapidement touché car il n’est plus question de se questionner sur ce qu’il risque de se passer ainsi que sur les enjeux qui ont lieu, ceux-ci sont conclus avant l’heure, mais il s’agit de comprendre comment ces horreurs peuvent avoir lieu. Le leitmotiv omniprésent du rouge fonctionne alors comme un tracé à suivre, indiquant au spectateur les éléments qui marquent une importance scénaristique accrue. C’est aussi sans mauvais jeu de mot, le fil rouge de l’esprit meurtrier de Jack qui aborde la couleur comme empreinte de ses malveillances à venir, ou celles déjà passées.
La déviance de Jack est l’objet d’une auto-analyse faite par les voix qui surplombent la narration du film, tentant toujours d’étudier les comportements du personnage dans le but d’en soutirer une morale. Cette psychologie incontrôlable est alors représentée par un cadre nerveux, bourré de sautillements temporels, le cinéaste n’hésite pas à briser des règles de base de la cinématographie à plusieurs reprises (la fameuse règle des 180°). La caméra qui parfois peut sembler distraite par les éléments du décor permet de s’attarder sur la mentalité dissipée d’un protagoniste enclin à une psychorigidité, cela amène un montage parfois saturé.
C’est dans cette ironie dramatique que décide de s’orienter Lars von Trier en moquant les ressorts narratifs classiques des films de tueurs. En inversant la tendance, le spectateur se retrouve en face à face avec un enchaînement de situations grotesques, la preuve d’un humour grinçant entre TOC improbables et effets de clownerie. Dans cet effet burlesque et grandiloquent, se retrouve enfermé Jack lorsqu’il finit par trouver la quintessence de son art, une maison faite de cadavres faisant écho à ses créations de statues humaines. Le tueur fait preuve d’un narcissisme assumé lorsqu’il décide de s’appeler « M. Sophistication ». Un égocentrisme démiurge crée l’obstination qui le poussera aux limites de sa propre anarchie en prenant le dessus sur l’humanité qu’il souhaite se créer.
Lorsque le film en vient à boucler la boucle, il est finalement temps de se poser la question sur les liens faits entre l’œuvre de Lars von Trier dans sa globalité et le film en tant que tel. Des problématiques traitées à la sortie du film dans les Cahiers du Cinéma auxquels je vous renvoie si vous êtes curieux de comprendre le fonctionnement finalement très méta de cette filmographie (notamment très perceptible dans l’axe final de The House That Jack Built). L’évocation aussi bien narrative qu’esthétique de l’œuvre de Dante (les différents cercles de l’enfer), conclue ainsi l’épopée de notre protagoniste superficiel en l’abandonnant dans sa vision cathartique. Cet Icare moderne, s’il a trop voulu s’approcher de l’Enfer pour en apercevoir les méandres, finira sa chute dans une dernière ironie, celle du négatif venant l’immortaliser comme victime de ses propres idéaux.
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le 19 févr. 2019
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