The Marvels
4.6
The Marvels

Film de Nia DaCosta (2023)

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« Okay, I'm getting a lot of negative energy from you and I don't like it. » CAPTAIN MARVEL

En 2019, Captain Marvel est indéniablement un immense succès au box-office, dépassant le milliard de dollars de recettes mondiales. Toutefois, ce succès financier ne reflète pas nécessairement la qualité intrinsèque du film. Sur le plan de l’écriture, de la mise en scène et du développement du personnage principal, le long-métrage est largement critiquable. À mon sens, son triomphe commercial s’explique avant tout par son positionnement stratégique dans le calendrier du Marvel Cinematic Universe (MCU) : le film sort entre les deux Avengers qui conclu la Infinity Saga. Le public s’est donc déplacé davantage par obligation narrative et curiosité que par réel intérêt pour le personnage. Dans ces conditions, une suite devient presque mécaniquement logique du point de vue purement économique.

Face à l’accueil très mitigé du personnage de Carol Danvers, souvent jugé antipathique, arrogant et mal écrit, MARVEL semble chercher une solution évidente : diluer Captain Marvel au sein d’un team-up. L’objectif est clair : réduire son omniprésence et atténuer le rejet d’une partie importante des fans. Pour cela, le studio décide de l’associer à d’autres super-héroïnes issues non pas du cinéma, mais des séries diffusées sur Disney +.

Kamala Khan de Ms. Marvel et Monica Rambeau de Wanda Vision viennent compléter l’équipe, ces deux personnages souffrent cependant d’un déficit de notoriété auprès du grand public. Introduits dans des séries à l’audience limitée et à la qualité discutable, ils n’ont jamais réellement marqué les esprits. Leur caractérisation reste superficielle, leurs arcs narratifs peu mémorables, et leur importance dans l’univers paraît forcée plutôt que naturelle. En résulte une équipe composée de personnages perçus comme secondaires, voire accessoires, ce qui ne joue pas en faveur de l’intérêt du projet.

Megan McDonnell et Elissa Karasik, toutes deux issues de l’écriture télévisuelle des séries MARVEL de Disney +, se voient confier le scénario. Leurs séries n’ont même pas connu un certain succès critique, de plus, leur écriture repose sur des formats et des contraintes très différents du cinéma blockbuster. Le choix de scénaristes principalement spécialisées dans la télévision peut donc surprendre, voire inquiéter, notamment en ce qui concerne la gestion du rythme, de l’ampleur narrative et de la cohérence globale d’un film destiné au grand écran.

Un autre élément saute aux yeux dans la production du film : la quasi-exclusivité féminine à tous les postes clés. Scénaristes, productrices, et bientôt réalisatrice (ainsi que compositrice avec Laura Karpman), le studio assume pleinement ce choix idéologique. MARVEL ne s’en cache pas et revendique la volonté de confier le projet à des fans, sous-entendu des personnes partageant une vision militante du personnage et de l’univers. Cette approche soulève des interrogations légitimes : la priorité est-elle donnée à la compétence et à la vision artistique, ou à une logique de représentation avant tout ?

Nia DaCosta est sélectionnée pour réaliser le film, une femme. Réalisatrice au parcours encore limité dans le cinéma à gros budget, son choix s’inscrit dans la continuité de la stratégie du studio : confier les rênes à une femme, perçue comme plus à même de porter le message et l’identité que MARVEL souhaite donner à ce projet. Reste à savoir si cette nomination repose davantage sur sa vision cinématographique ou sur des considérations symboliques.

En 2013, The Marvels sort finalement en salles après une production marquée par ces choix créatifs et idéologiques.

Le film arrive dans un contexte de rejet quasi généralisé du MCU. La Multiverse Saga, inaugurée avec la phase 4, s’est révélée chaotique, brouillonne et dépourvue de toute direction claire. Contrairement à la Infinity Saga, il n’existe plus de fil rouge identifiable, ni d’enjeu central fédérateur. La phase 5 n’a fait qu’aggraver le problème avec des films comme Ant-Man & The Wasp : Quantumania et Guardians of the Galaxy VOL. 3, deux productions décevantes, voire médiocres, qui ont définitivement entamé la confiance du public. Donc, le film sort à un moment où la lassitude est totale et où plus personne n’a envie de se déplacer en salle pour voir un énième produit MARVEL.

Autre problème majeur, le film exige du spectateur qu’il ait vu Captain Marvel, Wanda Vision et Ms. Marvel pour en comprendre pleinement les enjeux. Nous ne sommes plus dans un cinéma accessible, mais dans une logique de consommation sérielle forcée. Or, ces trois productions sont faibles, mal écrites et peu engageantes. Demander au public de s’infliger plusieurs œuvres médiocres pour espérer apprécier une suite n’a strictement aucun sens.

Sans surprise, le film se plante, et violemment. Le film devient l’une des pires performances financières de l’histoire du MCU. La question se pose alors : est-ce un rejet de l’agenda idéologique de MARVEL ou un simple problème de qualité ? La réponse est évidente : les deux. Le film est pénalisé par un contexte hostile, mais surtout par son absence totale de qualités cinématographiques. Même dans un climat plus favorable, un film aussi mal conçu n’aurait de toute façon pas fonctionné.

Brie Larson, Iman Vellani et Teyonah Parris incarnent les trois Marvels. Malheureusement, leurs performances sont largement en dessous de ce que l’on attend d’un blockbuster de cette envergure. Larson continue d’incarner une Carol Danvers froide, antipathique et monolithique, sans aucune évolution notable. Parris est fade et transparente. Seule Vellani parvient à insuffler un minimum d’énergie et de fraîcheur, grâce à un jeu plus spontané et une attitude globalement plus joyeuse. Mais cela reste insuffisant pour créer un véritable attachement émotionnel.

Le film se présente avant tout comme une histoire de famille, vaguement saupoudrée de scènes d’action. Carol et Monica se retrouvent après des années de séparation, tandis que la famille Khan est présentée comme un idéal affectif et émotionnel. L’idée aurait pu être intéressante, mais elle est traitée de manière superficielle et maladroite. Les thèmes de la filiation, de l’abandon et de la reconstruction sont effleurés sans jamais être réellement explorés. Cette prétendue profondeur émotionnelle reste donc purement théorique.

Le film adopte une direction esthétique et thématique très marquée : scènes de chant, de danse, corde à sauter, société matriarcale idéalisée, séquence absurde avec des dizaines de chats. Tout concourt à installer un ton volontairement léger et girly. Ce choix est parfaitement assumé par la production, mais il est aussi profondément clivant. Cette orientation exclut de fait une large partie du public et donne l’impression que le film s’adresse à une niche très spécifique plutôt qu’au grand public.

Zawe Ashton incarne Dar-Benn, un personnage masculin dans les comics, ici transformé en femme afin de correspondre à la ligne idéologique du film. Sur le papier, ses motivations sont relativement légitimes et soulèvent même des questions morales intéressantes. Problème : le personnage n’est jamais réellement développé. Elle manque cruellement de présence, de charisme et de menace. On en vient presque à se demander si elle n’a pas raison, mais le film est incapable d’exploiter cette ambiguïté.

Il n’y a, objectivement, pas grand-chose à sauver sur le plan technique. La musique est oubliable, les effets spéciaux sont inégaux, parfois bâclés, et la mise en scène manque d’identité. Rien ne brille, rien ne marque. Le casting secondaire ne relève pas le niveau : Samuel L. Jackson se contente de livrer sa prestation habituelle en pilote automatique, Tessa Thompson vient faire un coucou inutile, tandis que la famille de Kamala Khan fait le strict minimum sans jamais réellement enrichir le récit.

Le vrai scandale n’est pas le fait que le film soit porté par des femmes, mais qu’il soit porté par des personnes manifestement dépassées par le projet. La preuve la plus frappante reste le départ de Nia DaCosta avant la fin de la post-production, partie travailler sur son film suivant sans même finaliser celui-ci. Cela témoigne d’un désintérêt total pour le projet. Peu importe le genre des personnes embauchées : ce qui compte, c’est la compétence, l’implication et la vision artistique.

En toute fin, le film tease une future équipe d’adolescents avec Kamala Khan, Kate Bishop et probablement d’autres personnages tout aussi insignifiants. Cette tentative de créer un nouveau Young Avengers ne suscite aucune attente, seulement de l’indifférence. Le public n’est déjà plus investi émotionnellement dans les héros actuels, alors encore moins dans une génération de remplaçants imposés artificiellement.

The Marvels est le symptôme parfait de l’effondrement créatif du MCU. Un film mal écrit, mal joué, mal réalisé, pensé davantage comme un manifeste idéologique et un produit marketing que comme une œuvre de cinéma. Il échoue à divertir, à émouvoir et à fédérer. Plus qu’un simple échec, c’est un signal d’alarme : tant que MARVEL continuera à privilégier l’agenda, la quantité et la conformité idéologique au détriment du talent et de la vision artistique, le public continuera de déserter les salles.

StevenBen
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le 8 janv. 2026

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Steven Benard

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