Une véritable volonté de déconstruction du film de braquage, troquant le mythe du grand cerveau pour un loser invétéré.
Comme toujours chez Reichardt, l'esthétique est très soignée, avec un travail tout particulier ici sur le grain et la photo. L'américaine sait brillamment composer ses cadres, et offre une narration visuelle éminemment ludique et signifiante.
À cela s'ajoute un casting très juste, même si l'œuvre ne s'attardera fatalement que sur le personnage de Josh O'Connor (la caractérisation d'Alana Haim est assez embarrassante de néantise). Et bien sûr, obligé de mentionner l'excellente BO signée Rob Mazurek. C'est sans doute le point fort du long-métrage, l'œuvre est rythmée par sa partition musicale de free jazz, entre groove et riffs secs, saupoudrant l'ensemble de cette atmosphère 70's.
Mais voilà, comme toujours chez Reichardt, tout finit par devenir affèteries, au service d'un récit aussi creux.
Je comprends sincèrement l'intention du long-métrage, de ce faux rythme plombant qui vise à parodier le flegme traditionnel des malfrats (d'autant plus mis en parallèle avec l'héroïsme patriotique au Vietnam). Sauf que le tempo comique issu de ce décalage de ton ne fonctionne pratiquement jamais. Et surtout, tout cela ne constitue au bout du compte qu'un énième portrait convenu. Le portrait d'un homme qualifié de raté par le prisme de la société, et marchant en marge du rêve américain.
Le récit bascule d'ailleurs dans l'errance au cours de sa deuxième moitié, s'enfonçant dans un nombrilisme vivace, et un propos toujours aussi aseptisé. C'est certes ponctué de belles idées, mais tout cela sonne bien creux. D'autant plus qu'on sent que Reichardt a une très haute estime de son métrage, vraisemblablement convaincue de livrer un vrai objet subversif et sagace.
La cinéaste mettra un terme à cette fuite en avant dans sa dernière scène, avec le destin de notre personnage qui percute (enfin) celui de son époque. À l'instar d'une réalité impitoyable, qui finit toujours par rattraper les âmes perdues et pathétiques. Un traitement intéressant de ce contexte historique, je vous l'accorde. Mais qui aurait clairement dû être abordé dès le début/milieu de l'œuvre, pas juste en toile de fond.
Bref, un moment pas foncièrement désagréable... mais assurément oubliable.
PS : Assez incompréhensible d'avoir foutu ça en compétition à Cannes.
5,5/10
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