Kelly Reichardt nous propose un film de braquage bien différent de ceux que l'on a l'habitude de voir.

Le personnage principal, James Blaine Mooney est un anti héros. Il semble perdu, comme en apesanteur, ne sachant pas très bien comment organiser sa vie. Sa famille lui fait comprendre qu'il doit trouver un travail et devenir un adulte responsable. Dès le début, une distance est installée entre sa compagne et ses enfants, comme si ce rôle de père de famille où il ne semble pas très investit n'était pas ce qui le caractérise. C'est sa compagne qui gère toute la charge mentale, ce qui lui offre une opportunité d'oisiveté. Il n'hésite également pas à demander de l'argent à sa mère. C'est un homme immature et un peu égoïste qui s'ennuie, protégé des difficultés par les femmes de son entourage, ce qui lui permet de rester encore un peu dans l'enfance.

Il semble vouloir de l'intensité dans sa vie, il veut briller et peut être aussi veut-il un moment de gloire. Devenir, pendant un instant, un gangster tel qu'il a pu en trouver dans les livres ou les films.

Alors, plutôt que de chercher du travail, il a cette idée folle : voler des tableaux dans un musée.

On suit la logistique de ce projet, de la préparation des masques avec des collants ( ici aussi on se situe du côté de l'enfance et du jeux) puis des repérages dans le musée où le gardien ne représente pas un danger puisqu'il dort la plupart du temps.

Le vol finit miraculeusement par aboutir malgré les quelques embûches. Évidement, tout cela fonctionne parce que l'on se situe dans les années 70 dépourvues de caméras de surveillance et avec des règles de sécurité beaucoup plus souples.

Cela rend le braquage encore plus drôle de part sa facilité. Il n'y a pas de course poursuite, de coups de feu. C'est presque un jeu d'enfant. Mais les tableaux deviennent encombrants, il ne sait qu'en faire. D'un coup, on a le sentiment que l'adrénaline s'est envolée et que les œuvres deviennent un boulet.

Il les transporte dans une étable, l'occasion d'une séquence mémorable où on le voit porter seul, avec difficultés, les lourdes caisses, monter sur une échelle et chuter dans la boue. Le "Mastermind" du braquage n'en est plus vraiment un. Il est ici montré dans toute sa vulnérabilité, il n'a pas les épaules du bandit mais un adulescent qui s'ennuie dans une vie monotone.

Rapidement soupçonné, il part en cavale, mais encore une fois rien de grandiloquent, il semble flotter à travers l’Amérique, cherchant un lieu où se cacher.

Sa photo apparaît dans les journaux ce qui lui donne le sentiment d'exister encore, d'être quelqu'un, il semble apprécier cette reconnaissance.

Mais après l'intensité du braquage, une autre temporalité se joue, celle de la lenteur et de l'errance. Que peut-il bien faire maintenant ? Quelle vie mener ?

On pense à ces poètes de la Beat Generation, qui consacraient leur vie au voyage et aux quêtes existentielles. Mais James n'est pas un poète, n'a aucune ambition littéraire. Dépolitisé, il ne s'intéresse pas vraiment au monde autour de lui.

En parallèle de son histoire, il y a l'Histoire : la guerre du Vietnam à laquelle il ne participe pas parce qu'il a des enfants ( ici ça l'arrange), les mouvements politiques pacifiques et alternatifs qu'il ne veut pas rejoindre par indifférence. Il n'appartient à aucun groupe, comme à côté des évènements de son temps. Bien que le vol des tableaux lui ait donné un temps l'illusion de se sentir exister intensément, c'était un instant fugace et il retrouve sa mélancolie.

Durant la séquence finale, il se cache dans une manifestation pacifique pour tenter d'échapper à la police, peut être est ce la première fois qu'il appartient à un collectif politisé, empêtré qu'il était dans une vie confortable et privilégiée . Il sera finalement arrêté avec d'autres personnes et ce quiproquo est à l'image de sa vie : en décalage avec les évènements.

La mise en scène n'a rien de spectaculaire et c'est justement ce qui en fait sa force. Les plans sont la plupart du temps longs, une langueur qui est aussi celle de James, dont Josh O’Connor a parfaitement su saisir et interpréter les nuances. Kelly Reichardt s'attaque au genre du film de braquage qu'elle remet en question, en choisissant de situer le vol au début du film, ce n'est plus le sujet principal. Elle s'en détache progressivement pour le transformer en film de quête identitaire, errance poétique d'un homme fissuré.







pauline-m
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste 2026 - Films Vus au cinéma

Créée

le 17 févr. 2026

Critique lue 17 fois

pauline M.

Écrit par

Critique lue 17 fois

3

D'autres avis sur The Mastermind

The Mastermind

The Mastermind

3

cadreum

1094 critiques

Une coquille vide

Présenté en compétition à Cannes 2025, The Mastermind marque le retour de Kelly Reichardt après showing up. Avec Josh O’Connor dans le rôle central, le film se glisse dans les plis du « heist movie...

le 10 sept. 2025

The Mastermind

The Mastermind

7

Sergent_Pepper

3185 critiques

Hero Theorem

Qui connaît le cinéma de Kelly Reichardt sait pertinemment qu’elle ne s’attellera pas au film de braquage de manière conventionnelle. La cinéaste, habituée à sonder les maladresses et les failles de...

le 6 févr. 2026

The Mastermind

The Mastermind

7

Plume231

2397 critiques

Loin du Vietnam !

Avec The Mastermind, Kelly Reichardt réalise dans les années 2020 un film qui aurait pu sortir pratiquement tel quel dans les années 1970. Bien évidemment avec une équipe différente, mais le...

le 3 févr. 2026

Du même critique

Fjord

Fjord

3

pauline-m

4 critiques

Critique de Fjord par pauline M.

On débarque en Norvège, paysages enneigés et rigides où décide de s'installer une famille traditionnelle catholique, les Gheorghiu, venus de Roumanie. Ils habiteront désormais dans un petit village,...

le 25 mai 2026