Kelly Reichardt s'inspire très librement d'un vrai vol de tableaux, survenu dans le Massachussets en 1972. Vol qui fit beaucoup parler de lui à l'époque, au point de populariser les larcins dans les musées aux USA. Ici les lieux et les noms sont changés, le déroulement lui-aussi altéré.
Josh O'Connor incarne JB (nom ironique quand on sait que l'acteur fait partie des candidats pour le nouveau 007 !). Un artisan au chômage en 1970, qui se met en tête de faire dérober quatre tableaux d'Arthur Dove par une bande de pied nickelés dans le musée local. JB lui-même n'étant pas rompu à l'univers du crime, les choses ne vont évidemment pas bien se passer...
J'ai lu beaucoup d'avis qui parlaient de "The Mastermind" comme de l'anti-film de braquage, et c'en est un très bonne description. Ce n'est pas seulement que JB est largué, c'est toute la mise en scène qui est aux antipodes du genre.
Kelly Reichardt filme avec une lumière naturelle des couleurs essentiellement automnales. Donnant un aspect très posé à son film... à l'image de sa grande lenteur (certains décrocheront). La reconstitution de 1970 est par ailleurs étonnement détaillée, entre costumes, voitures, petits objets, coiffures.
Dans tout cela, l'intérêt ne sera pas l'intrigue policière, presque limitée à une toile de fond. Mais plutôt le statut du protagoniste, joué par un Josh O'Connor tout en subtilités. Qui semble déphasé avec tout le monde : sa famille, son statut social, l'univers criminel auquel il va toucher, ses amis... Ce vol et la cavale qui s'en suivra seront pour lui une lente remise en question et plongée dans l'Amérique de l'époque.
J'aurais aimé davantage de rythme, néanmoins il faut se dire que "The Mastermind" n'est certainement pas un polar ni une comédie policière, mais le portrait dramatique (oserais-je dire presque tristounet !) d'un homme et de son époque.