C’est mon deuxième rendez-vous avec un film de Kelly Reichardt. Nous sommes lundi après-midi. Je suis en repos. Et ça fait plus de deux mois que The Mastermind attend d’être vu. J’avais bien aimé Showing Up. Je suis curieux de voir cette réalisatrice évoluer dans un « film de casse ». Un genre a priori éloigné de son univers. Je lance donc la lecture du blu-ray édité par Condor Films. Une heure et quarante-sept minutes plus tard, je réalise que la duperie est dans la promesse de son titre. The Mastermind. Quelle ironie ! J.B. Mooney n’a rien du cerveau que j’imaginais ; rusé, perspicace, brillant. D’ailleurs, le film dit peu de lui, de sa situation professionnelle (on comprend qu’il est menuisier, au chômage), du degré d’implication de sa femme dans son projet criminel (elle semble en avoir vaguement connaissance, sans plus), de ses compétences dans le domaine du vol d’œuvre d’art. Le film, dans sa forme, donne néanmoins des gages de sérieux. Reichardt filme sans ironie Mooney dans ses repérages, ses préparatifs. Elle convoque une bande-son jazzie, indissociable du genre dans lequel le film évolue. Le jazz, c’est l’improvisation. « Jamais ce que l’on attend. », dixit Vincent dans Collateral. Mais au fil des minutes, Mooney nous apparaît comme un amateur, négligeant, apathique, en retrait du monde. Il y a quelque chose de puéril dans sa posture. L’interprétation de Josh O’Connor y est pour beaucoup. Elle est juste. En promo, Reichardt évoque d’ailleurs le fait que son personnage ait dépassé l’âge d’être conscrit. L’action du film se déroule en 1970. L’Amérique est alors engagée au Vietnam. La guerre est présente dans les arrière-plans – visuels ou sonores. Le premier vol auquel le spectateur assiste est d’ailleurs celui d’une figurine d’un soldat de la Guerre de Sécession. La guerre est un bruit de fond. Et ce bruit gonfle au fil des minutes pour finalement contrarier le récit criminel de Mooney. The Mastermind déçoit donc jusqu’au bout. Il n’y aura pas de coup d’éclat. Kelly Reichardt suit son plan : prendre à contre-pied l’imaginaire commun du film de braquage. Avec un certain brio, je dois bien l’avouer.