The Plague
6.7
The Plague

Film de Charlie Polinger (2025)

Les récits de bullying, notamment à l'adolescence, m'ont toujours un peu repoussé. Le malaise que je ressens face à ces moments de tensions si réels (beaucoup plus réels que n'importe quel thriller d'action), me mettent en général dans une situation difficile. Entre réminiscence de l'adolescence et peur panique d'un cinéma du mirador, distancié, et par nature, jugeant, ce n'est pas des terrains où je m'aventure habituellement.


Parmi les contre-exemples, je citerais le très novateur Les Désarrois de l'élève Törless (de Volker Schlöndorff)
et le magnifique Un monde de Laura Wandel, qui, a auteur d'enfant (et de témoin) raconte l'histoire d'un harcèlement en école primaire. Ici, Charlie Polinger raconte dans The Plague, la même histoire, à hauteur de pré-adolescent, cette fois, dans un camp de vacances sportif.


Ici, on suit Ben, jeune garçon qui vient de déménager (d'Australie vers les USA ?) et qui passe une partie de son été dans un camp de vacances sportif, où lui et ses camarades jouent au water-polo (quel sport cinématographique ! Ca me donne très envie de voir Palombella Rossa à la suite..), dont la symbolique - l'émergé et l'immergé - est particulièrement pertinent quand on parle de pré-adolescence, où les premiers signes de l'adulte émergent - sexualité, violence et virilisme patriarcal. Dans ce camp, une légende circule : une peste y existerait, contaminant par le toucher certains adolescents, et qui se finirait par une dégénérescence mentale totale - l'image de la transformation de Pinocchio et de ses camarades en âne me vient immédiatement en tête dans ce cas ! Et l'un d'entre eux, Eli, serait contaminé, ce qui lui vaut d'être ostracisé. Et de plus en plus violemment. Et par humanisme, Ben se rapprochera d'Eli, ce qui lui vaudra, petit à petit de subir le même sort.


Dans cet environnement de virilisme naissant, Polinger montre avec brio que les adolescents reproduisent les schémas normatifs du patriarcat et le besoin de se définir positivement face à la différence pour tous ceux qui se sentent peu fragiles (tous en réalité). Cela est particulièrement illustré par une scène aux deux tiers du film :

Le bully-en-chef, Jake, renvoyé, est récupéré par un père que l'on devine immédiatement violent, rabaissant et viriliste... Son bullyisme semble alors être une façon de récupérer le pouvoir là où il le peut...

Ce propos sur la masculinité est d'autant plus impactant que l'antagoniste est ouvertement angélique dans son physique et que les figures d'autorité sont au mieux maladroites - le coach, joué par le talentueux Joel Edgerton, particulièrement impliqué dans la génèse de ce projet - au pire aux abonnés absents - l'absence d'autres adultes dans le récit montre leur démission, globalement, dans les questions de harcelement. Ce propos est notamment souligné par l'omniprésence de référence explicite à un sexualité fantasmée (et illusoire, dans ses représentations) par ces pré-adolesents, qui se définissent notamment par leur capacité à être sexués. Ceux qui ne le sont pas, et ceux qui divergent de la norme sont exclus.


Par rapport aux autres récits de harcelement scolaire, celui-ci se distingue par sa dimension résolument assumée de film de genre. Cette peste, qui se transmets (ou se transmettrais, car il faut garder tout le questionnement du film à ce sujet intact) est abordée comme une infection virale, aliénante (qui n'est pas sans rappeler It Follows), quasi irréversible, qui dans la psyché d'un pré-ado, prend tout sa dimension terrifiante.


Il faut noter, c'est important, la performance de tout le casting adolescent du film, qui donne vie et corps à des personnages complexes, mais dans lesquels chacun nous pouvons nous retrouver... L'interprétation de Kenny Rasmussen, qui interprête Eli, l'adolescent harcelé dès le début, toujours impeccable, rappelle que les victimes ne sont jamais parfaites... Elles n'en restent pas pour autant des victimes, et qu'elle ne doivent en rien être parfaites.


Le film étant un premier film, il n'est pas exempt de défaut, cependant... Je lui reprocherais personnellement un renoncement léger sur la question du genre... Je pense que le film aurait gagner a aller plus loin dans le genre (quitte à pousser les potards de l'horreur) et cultiver ainsi l'ambiguïté du fantastique. Et le film se clôt malheureusement sur une scène bien trop banale par rapport au reste du film, iconoclaste s'il en est.


En résumé, The Plague est un 1er film très réussi qui donne envie de voir la suite de ce que fera Charlie Polinger ! Un récit important sur le harcelèment à l'adolescence, qui autopsie bien les mécanismes patriarcaux à l'oeuvre dans les actions des harceleurs, et le plus souvent malgré eux.

Créée

le 3 févr. 2026

Modifiée

le 4 févr. 2026

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Agregturp

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