"The Plague" est un premier long métrage aussi surprenant que prometteur. Sous les atours d’une chronique adolescente sur le harcèlement et l’exclusion, Charlie Polinger fait progressivement basculer son récit vers un territoire beaucoup plus inquiétant, à la frontière du fantastique, du thriller psychologique et du body horror.
L'unité de lieu que représente la piscine devient un véritable laboratoire de tensions (les visions sous-marines sont superbes d'étrangeté). Grâce à une mise en scène particulièrement inspirée, chaque couloir, vestiaire et bassin semblent contaminés par une menace invisible. Cette sensation est renforcée par un remarquable travail sur le sound design et par une musique omniprésente, anxiogène, qui participe pleinement à cette atmosphère étrange et étouffante. Si cette partition se montre parfois un peu démonstrative, elle contribue largement à l’identité du film.
Les références cinéphiles sont nombreuses mais intelligemment intégrées : difficile de ne pas penser à "Shining" dans cette façon de filmer les espaces
(le passage où l'on suit de dos et à ras du sol le harceleur sur son skate semble un clin d'oeil évident au tricycle de Danny),
à "Full Metal Jacket" pour les divers sévices psychologiques
(Eli étant sorte de proto-Baleine et la scène du lit étant un écho au Kubrick avec les cafards remplaçant les coups de savons)
, à "Chromosome "3 de Cronenberg
pour son traitement du corps comme espace de contamination par la psyché du personnage,
ou encore au bal final de "Carrie" de Brian De Palma autre grand film sur l'enfer adolescent, la puberté et le harcèlement.
La distribution impressionne également. Everett Blunck est très juste dans le rôle de Ben, tandis que Kayo Martin livre une performance saisissante en harceleur charismatique. Derrière son visage d’ange se cache un personnage sournois, manipulateur et profondément inquiétant, qui incarne parfaitement la cruauté ordinaire de l’enfance. Moins client en revanche de l'interprète d’Eli trop "bizzare" et agaçant dès son introduction pour susciter l'emptahtie. Face à eux, Joel Edgerton, seul véritable référent adulte du film (les parents sont les grand absents, se limitant à une silhouette lointaine ou à une voix), compose une figure bienveillante mais dépassée, incapable d’endiguer la violence qui se développe sous ses yeux.
Si le film hésite parfois à trancher entre réalisme et fantastique et si sa conclusion pourra légèrement frustrer, "The Plague" demeure une œuvre singulière, visuellement impressionnante et traversée par une véritable envie de cinéma. Un premier film ambitieux qui transforme les angoisses de l’adolescence en expérience de genre fascinante et révèle un cinéaste dont il faudra suivre attentivement la carrière.