Ulysse est revenu. Mais il ne sait plus où il vit — The Return, la claque d’Uberto Pasolini

🔴Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes : https://youtu.be/ig62g5RLQiY

🔴 Pour découvrir ma critique vidéo complète, copier/coller "cinéma sans fard + The Return + Uberto Pasolini" sur YouTube !

👉 Et s'abonner à cette chaîne Youtube où je publie régulièrement ces articles, pour n'en rater aucun !🔴


Ulysse revient. Mais il n’est plus. Ou presque. Ce n’est pas l’homme aux mille ruses que Pasolini filme, mais un écho. Une fatigue. Une silhouette échouée entre deux temps, trop pleine d’hier pour épouser l’aujourd’hui. Il y a dans The Return ce tremblement rare des récits que l’Histoire a saignés, puis oubliés. Comme si l’épopée s’était dissoute dans la brume, ne laissant que des regards en ruine.


Pasolini ne filme pas Troie. Il filme l’après. Les restes. Les silences. Le sel figé dans la barbe, les pas qui n’osent plus toucher la terre natale. Il désarme l’Odyssée, la dépouille, lui ôte ses monstres, ses chants, ses gloires — ne garde que le vertige. La guerre ? Passée. Le voyage ? Révolu. Ce qu’il reste, c’est un homme qui rentre chez lui et trouve sa maison occupée, sa femme usée par l’attente, son fils devenu presque étranger. Ce n’est pas Homère, c’est Beckett au bord de la mer.


Le style est nu. Dépouillé. Presque biblique. Chaque mot, chaque souffle semble avoir traversé les siècles. Edward Bond, en co-scénariste, y injecte sa sécheresse tragique, son art de l’humanité dévastée. Les dialogues claquent comme des lames. L’émotion ? Elle coule, lente, souterraine, sans jamais chercher l’effet. Tout ici est retenue. Chute. Effondrement.


Le visage d’Ulysse — immense Ralph Fiennes — n’est plus un masque d’héroïsme, mais un cratère. Il incarne le retour comme on incarne une perte. Et Pénélope, sublime Juliette Binoche, n’est pas une icône fidèle : elle est fissurée, debout par nécessité. Ensemble, ils rejouent une reconnaissance sans éclat, sans lumière divine, presque maladroite. Ce n’est plus le triomphe du héros, c’est la gêne du survivant.


The Return ne cherche pas à réinventer l’Antiquité. Il l’use. Il la racle. Il en extrait une vérité nue : rentrer, c’est parfois ne plus être attendu. Ne plus savoir parler la langue de ceux qu’on aime. Ne plus s’y reconnaître. Alors le film devient murmure. Mémoire. Oraison. On y marche comme dans un tombeau ouvert, à la recherche d’un passé trop grand pour tenir dans le présent.


C’est lent, oui. C’est austère. Mais c’est magnifique. Parce que ça ose l’épaisseur du silence, l’inconfort du mythe qui s’éteint doucement. Pasolini signe ici une tragédie sans théâtre, une Odyssée sans mer, une fin sans apothéose. Un retour, oui — mais à quoi ?

Le-General
7
Écrit par

Créée

le 19 juin 2025

Critique lue 255 fois

Le-Général

Écrit par

Critique lue 255 fois

D'autres avis sur The Return, le retour d'Ulysse

The Return, le retour d'Ulysse

The Return, le retour d'Ulysse

6

canutins

11 critiques

Mythe-mac sur Ithaque par la section spé théâtre

Après 20 ans d'errance, Ulysse retourne enfin à son royaume d'Ithaque, où vivent encore sa femme et son fils, assiégés par une quinzaine de prétendants qui courtisent la première et harcèlent le...

le 18 juin 2025

The Return, le retour d'Ulysse

The Return, le retour d'Ulysse

Ulysse le soldat traumatisé...

The ReturnLe réalisateur Uberto Pasolini nous propose ici sa propre vision du dernier acte de la célèbre épopée ‘’L’Odyssée’’. Bien loin de vouloir mettre en avant une épopée, Pasolini développe...

le 29 déc. 2024

The Return, le retour d'Ulysse

The Return, le retour d'Ulysse

8

abscondita

871 critiques

Ulysse sans dieux ni monstres

À travers un rythme lent et contemplatif, Uberto Pasolini nous raconte le retour d’Ulysse. Amateurs d’action, passez votre chemin : vous ne trouverez ni combats spectaculaires ni éléments mythiques...

le 5 oct. 2025

Du même critique

Juste une illusion

Juste une illusion

7

Le-General

558 critiques

Ce film va te ramener directement en 1985 (et ça fait bizarre)

Il y a des périodes qui ne s’oublient pas. Pas parce qu’elles étaient belles. Mais parce qu’elles étaient floues. Juste une illusion, c’est exactement ça. Un souvenir qui tremble. Nous sommes en...

le 15 avr. 2026

Babygirl

Babygirl

3

Le-General

558 critiques

Cette obsession à vouloir faire du désir féminin une grande déclaration ...

_____Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes: https://youtu.be/sSVYyyi2ZPU👉 Et s'abonner à cette chaîne Youtube où je publie régulièrement ces articles, pour n'en rater aucun ! ...

le 17 mars 2025