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Ulysse revient. Mais il n’est plus. Ou presque. Ce n’est pas l’homme aux mille ruses que Pasolini filme, mais un écho. Une fatigue. Une silhouette échouée entre deux temps, trop pleine d’hier pour épouser l’aujourd’hui. Il y a dans The Return ce tremblement rare des récits que l’Histoire a saignés, puis oubliés. Comme si l’épopée s’était dissoute dans la brume, ne laissant que des regards en ruine.
Pasolini ne filme pas Troie. Il filme l’après. Les restes. Les silences. Le sel figé dans la barbe, les pas qui n’osent plus toucher la terre natale. Il désarme l’Odyssée, la dépouille, lui ôte ses monstres, ses chants, ses gloires — ne garde que le vertige. La guerre ? Passée. Le voyage ? Révolu. Ce qu’il reste, c’est un homme qui rentre chez lui et trouve sa maison occupée, sa femme usée par l’attente, son fils devenu presque étranger. Ce n’est pas Homère, c’est Beckett au bord de la mer.
Le style est nu. Dépouillé. Presque biblique. Chaque mot, chaque souffle semble avoir traversé les siècles. Edward Bond, en co-scénariste, y injecte sa sécheresse tragique, son art de l’humanité dévastée. Les dialogues claquent comme des lames. L’émotion ? Elle coule, lente, souterraine, sans jamais chercher l’effet. Tout ici est retenue. Chute. Effondrement.
Le visage d’Ulysse — immense Ralph Fiennes — n’est plus un masque d’héroïsme, mais un cratère. Il incarne le retour comme on incarne une perte. Et Pénélope, sublime Juliette Binoche, n’est pas une icône fidèle : elle est fissurée, debout par nécessité. Ensemble, ils rejouent une reconnaissance sans éclat, sans lumière divine, presque maladroite. Ce n’est plus le triomphe du héros, c’est la gêne du survivant.
The Return ne cherche pas à réinventer l’Antiquité. Il l’use. Il la racle. Il en extrait une vérité nue : rentrer, c’est parfois ne plus être attendu. Ne plus savoir parler la langue de ceux qu’on aime. Ne plus s’y reconnaître. Alors le film devient murmure. Mémoire. Oraison. On y marche comme dans un tombeau ouvert, à la recherche d’un passé trop grand pour tenir dans le présent.
C’est lent, oui. C’est austère. Mais c’est magnifique. Parce que ça ose l’épaisseur du silence, l’inconfort du mythe qui s’éteint doucement. Pasolini signe ici une tragédie sans théâtre, une Odyssée sans mer, une fin sans apothéose. Un retour, oui — mais à quoi ?