Pour un premier film, la réalisatrice canadienne Julia Max s'en sort remarquablement bien, dans un conte surnaturel sur la thématique du deuil.
Lorsqu'elle vient au chevet de son père mourrant, une jeune femme ne s'attend pas à ce que sa propre mère ait préparé son départ, allant même jusqu'à pratiquer un dangereux rituel pour tenter de le ramener à la vie.
Qui y a t-il de pire que la perte d'un être cher ? C'est la question que soulève ce joli petit film d'épouvante à la croisée des chemins entre un méchant film de rituel païen (on pense tout de suite à A DARK SONG), et un drame plus subtil sur le deuil.
Si l'horreur n'est reléguée qu'au second plan d'une opposition mère/fille, où l'image idéalisée du père et diabolisée de la mère, est remise en question maintes fois pendant le récit, ce n'est que pour mieux revenir en force dans les séquences d'épouvante pûre, où la finesse et l'intelligence de la mise en scène, nous frappe en plein visage.
Le film se construit d'abord autour d'un drame familial inévitable, avec le décès du patriarche, ce qui va entraîner son lot de tensions et de désaccords entre la mère et la fille.
Puis tout bascule dans l'horreur dans une seconde partie de film ésotérique et hallucinée, où notre personnage principal pourtant sceptique, va accepter d'accompagner sa mère dans un dangereux cérémoniel, mené par un étrange gourou.
L'acceptation du deuil, ou plutôt du deuil des autres, est ici illustrée par l'incapacité du personnage de la fille à faire renoncer à sa mère à cette macabre entreprise. Si ça peut la rassurer tant mieux, de toute façon ça ne marchera pas, qu'est ce qu'on risque à aller jusqu'au bout ?
L'héroïne va donc malgré elle être complice d'un chaos incontrôlable, dans lequel elle n'aura d'autre choix que de mettre sa relation conflictuelle avec sa mère de côté, pour s'unir dans l'adversité et faire face aux démons qui les hantent.
Agréable tant visuellement que dans la fluidité du récit, je ne m'attendais franchement à pas grand chose de ce petit film de plate-forme, sorti initialement sur Shudder aux US et distribué par Prime Video en Europe.
On ne peut que saluer les qualités indéniables de mise en scène et de photographie, toute la seconde partie est un véritable cauchemar, où tout est pensé pour que le spectateur perçoive l'inconfort et le manque de repère ressenti par les personnages, on ne sait pas où l'on va mais impossible de faire machine arrière.
Porté par un casting d'inconnus qui livrent toutefois une solide prestation, le côté dramatique avec des personnages à fleur de peau, susceptibles et surtout déstabilisés par la gravité de la situation, sonne très juste, très crédible.
Pour un premier film c'est très prometteur, tant dans l'horreur, certains plans sont très réussis (la scène du miroir pffffiou), l'angoisse est palpable, que dans le drame familial intimiste, avec un message certes universel, mais jamais lourdo.
Un film tant réjouissant sur la forme, que déprimant sur le contenu, hâte de voir ce que va nous proposer sa réalisatrice pour la suite.
Toutes mes critiques de film sont à retrouver sur ma page Facebook Terreur Indicible.