Vu en avant-première.
Ce premier film norvégien totalement inclassable propose une relecture du conte de Cendrillon. Et quelle relecture! Emily Blichfledt choisit de nous narrer cette histoire du point de vue de l’une des demi-sœur (nommée Javotte et Anastasie dans l’écrit de Grimm mais renommée ici). Mais elle propose également de le traiter sous la forme d’une œuvre sur le désir féminin et du culte de la beauté tout en l’enveloppant dans une enveloppe à la fois ultra kitsch mais aussi parfois horriblement gore. « The ugly stepsister » est donc clairement un OFNI (Objet Filmique Non Identifié) comme on aime à appeler ce type de long-métrage bizarre, étrange et inédit.
Si on loue l’audace de la cinéaste et des partis pris vraiment radicaux et cohérents avec sa note d’intention, on ne peut pas dire que cette proposition plaira à tout le monde. De notre côté, elle nous a intrigué pendant une partie du film avant de nous désintéresser si ce n’est quelques séquences bien crades qui réveillent un peu notre attention et qui n’ont rien à envier à la Coralie Fargeat de « The Substance » (aux thématiques finalement pas si éloignées) ou à la Julia Ducornau de « Grave ». Plus qu’au maître du genre cité dans la promo d’ailleurs, on parle bien évidemment de David Cronenberg. Des séquences certes bien faites et écœurantes à souhait mais quelque peu gratuites pour certaines. Il n’empêche la séquence du ver solitaire est peut-être la chose la plus dégueulasse vue sur un écran cette année.
En outre, si « The ugly stepsister » prend le conte de Cendrillon comme base, ce n’est finalement qu’une référence complice avec le spectateur tant, sans ce matériau initial, le film aurait pu être tout aussi pertinent avec une histoire originale ou juste ressemblante. Comme si le script devenait embêté par cet illustre patronage et l’utilisait quand cela lui chante. Les raccords avec l’histoire originale sont parfois grossiers et s’imbriquent mal comme la fameuse partie avec le chausson oublié qui est vraiment mal amenée. On déplore aussi les sorties de routes oniriques rose bonbon qui font lorgner le film vers le roman à l’eau de rose Danielle Steel ou le queer camp, plus ridiucles qu’autre chose. Cela dénote et ne nous a pas convaincu.
Il y a donc pas mal de sorties de route ou de choses moins réussies qui peuplent ce premier film téméraire et un peu fou. Des défauts nombreux en plus de longueurs qui empêchent d’adhérer totalement à cette proposition hors des sentiers battus. Mais on ne peut que louer l’originalité de la chose et le traitement proposé. Notons qu’en plus, les décors et l’atmosphère générale gothique sont bien travaillés en plus d’une musique singulière et dissonante qui sied bien à l’ensemble. « The ulgy stepsister » est une œuvre bizarre, stimulante et imprévisible sur bien des aspects mais son étrangeté et pas mal de mauvais choix visuels ou narratifs ont considérablement freiner notre appréciation.
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