Réalisé par Emilie Blichfeldt et sorti dans nos salles en juillet 2025, Ugly Step sister figurera, à n’en point douter, dans la liste des films d’horreur marquant de cette année.
Cette relecture « body horror » de Cendrillon n’est pas qu’une simple version sombre du conte : c’est surtout une œuvre féministe, qui porte un regard critique et sans concessions sur la noblesse et le culte de la beauté.
Pour cela, les auteurs vont prendre à contre-pied de nombreux éléments emblématiques du récit original : Les belles sœurs, par exemple, que Disney s’est amusé à dépeindre comme des pestes, ne le sont pas plus que ne l’était Cendrillon du vivant de son père. Toutes apparaissent finalement comme des victimes d’un système violent qui les dépasse et les pousse à commettre l’irréparable. Ici, l’obsession de ces jeunes femmes pour leur statut social et l’argent prime largement sur un hypothétique amour idéalisé pour un Prince, lequel se révélera être assez inhumain. D’ailleurs, dans la société qui nous est présentée, l’argent et le statut social vont paraître bien plus déterminants pour accéder au Prince que « la beauté naturelle ».
Ugly Stepsister porte un propos limpide : L’intention de la réalisatrice est d’illustrer la violence des injonctions faites aux jeunes femmes pour satisfaire aux attentes des hommes faiseurs de princesses.
Pour le mettre en scène, Ugly Stepsister s’inscrit dans la lignée de l’elevated horror. Les séquences violentes ne sont jamais gratuites : elles sont pensées pour servir le discours. Aussi graphiques et réussies soient-elles, les scènes de « torture esthétique » ne sont pas là pour tester la résistance du spectateur, mais bien pour montrer l’atrocité de ce que cette jeune femme s’inflige pour plaire au Prince et, plus largement, aux hommes.
D’ailleurs, et c’est là toute la force du film, les scènes strictement gores restent assez peu nombreuses pour un long métrage de deux heures estampillé « body horror ».
La structure même du récit témoigne de cette retenue et participe à instaurer un malaise croissant sans tomber dans la surenchère. Dans une première partie, la tension monte progressivement, au rythme des transformations de l’héroïne, mal dans son corps, qui cherche désespérément à correspondre aux standards de beauté : cassage de nez sanguinolent, opération des yeux filmée en gros plan… Puis, dans la seconde moitié, le film plonge dans une véritable descente aux enfers, entre perte de cheveux, douleurs permanentes et amputation. Bien sûr, le film ne manque pas de générosité et les amateurs du genre y trouveront leur compte, mais ici, le visuel est toujours au service d’un propos : provoquer des émotions qui questionnent. Du cinéma en somme.
Le film se conclut sur les retrouvailles entre le Prince et Cendrillon qui viennent définitivement rompre avec le conte de fées. Le Prince et Cendrillon se retrouvent, non pour sceller un amour éternel, mais pour entériner un mariage de raison : l’accession au trône d’une noble désargentée, contrainte de quitter l’homme qu’elle aimait afin financer les funérailles de son père, tout en se voyant imposer une concurrence avec sa demi-sœur , prête à se rendre handicapée pour finalement échouer dans sa quête de promotion sociale.
Difficile de ne pas comparer Ugly stepsister à The Substance, sorti l’an dernier. Deux films de bodyhorror féministes traitant de la transformation corporelle d’une femme pour plaire à une société patriarcale destructrice. Mais là où The Substance offrait un film efficace et plaisant, Ugly Stepsister va plus loin : ses séquences gores sont diablement maîtrisées, mais c’est surtout la cohérence de l’ensemble, ce malaise constant sans excès, qui marque durablement le spectateur et l’invite à s’interroger sur notre société.