Démarrer la filmographie de Paul Thomas Anderson par cette pépite que représente There Will Be Blood était la meilleure décision que je pouvais prendre.
PTA offre une démonstration de la cupidité dans toute sa splendeur, rognant petit à petit ses personnages pour jouer constamment avec la notion des péchés capitaux. Que c’est agréable de voir une écriture efficace et profonde, proposant vraiment une idée et une analyse aussi brillante que terrifiante sur la confrontation entre le capitalisme et la religion. Tout semble amener nos personnages vers l’idée du châtiment divin, entraînant cet investisseur dans les profondeurs abyssales de ses propres ambitions. Ce qui est intéressant avec l’exploitation du pétrole, c’est cette richesse visuelle que propose ce liquide noir et épais, salissant constamment nos personnages pour offrir une métaphore visuelle qui signifie le gouffre que représente la cupidité. Les personnages sont salis tout comme l’honneur vient être sali par ces négociations et ces stratégies incessantes.
Pour en revenir à l’aspect historique et religieux que propose le film, il faut comprendre pourquoi c’est un enjeu fondamental dans le film de confronter la religion au capitalisme. L'Amérique à cette période rentre dans une forte exploitation des ressources et PTA propose une lecture intéressante de La Destinée Manifeste qui exprime l’expansion continuelle de l’exploitation selon un principe divin. There Will Be Blood c’est montrer le mode de vie américain consumériste et dangereux car il entraîne la destruction naturelle des milieux mais également une véritable destruction des liens sociaux comme on peut le voir dans cette relation père-fils. Les notions religieuses viennent se perdre au milieu du concept de la nature à conquérir, la Wilderness, quelque chose de dangereux mais quelque chose d’exploitable. J’ai totalement adoré voir cette espèce de rivalité et de va-et-vient formée par ce prêtre et cet investisseur.
On retrouve donc ici une Église qui monnaye le salut, qui monnaye le pardon et le péché, et qui est profondément ancré dans le commerce du pétrole. Ils essayent d’aller puiser l’argent d’une manière non morale religieusement donc on vient remettre en question la légitimité de cette église. De la même manière, une hiérarchie s’installe autour de cet empire pétrolier au point même de se détacher complètement d’une socialisation parentale pour son enfant.
PTA montre une direction d’acteurs absolument splendide avec un Daniel Day Lewis et un Paul Dano remarquables. Ils s’imprègnent de leurs personnages avec tant de maîtrises, tant d’émotions explosives que le film procure de nombreux frissons. Cette idée est poursuivit par la BO qui donne un ton plutôt angoissant et lourd au film ce qui donne cette impression de piège qui se referme sur nous. Je suis juste totalement convaincu par cette œuvre sublime il n’y a pas d’autres mots !