They Will Kill You amuse parce qu’il dégomme les attentes du spectateur à grands coups de sabre, de hache et autres instruments tranchants, installe des situations convenues puisées à diverses sources référentielles pour mieux les réorienter brutalement, à l’instar de la séquestration façon Oldboy (Park-Chan Wook, 2003) ou des retrouvailles avec la petite sœur. Rien ne se passe jamais comme prévu, et le film prend un malin plaisir à aller ailleurs et plus loin en jouant avec les ressources offertes par le décor : la chambre de bonne voit son mobilier reconverti en accessoires de boucherie, les sous-sols servent un jeu de cache-cache rappelant celui de The Visit (M. Night Shyamalan, 2015), la salle des fêtes d’abord vide de convives se repeuple de corps projetés de tous côtés… Son énergie est celle de sa protagoniste Asia, à savoir un refus catégorique de l’immobilisme et du conformisme – figurés par le plan inaugural sur la famille de mannequins dans la vitrine d’un magasin – au profit d’une reviviscence sacrificielle par le sang façon Quentin Tarantino.
Nous regretterons toutefois que le propos politique ne soit (davantage) développé, dans la mesure où la masculinité toxique et la lutte des classes apparaissent davantage telles des cibles opportunistes à agiter par analepses interposées quand le scénario a besoin d’être relancé. Reste un divertissement jubilatoire et inventif, projection d’une Kill Bill furieuse dans l’univers de The Raid (Gareth Evans, 2012).