Et si l’expression “ne faire qu’un” devenait réalité ? Pas dans le sens romantique des cartes de Saint-Valentin, mais dans sa traduction la plus littérale, la plus organique, la plus irréversible. Together, premier long métrage de Michael Shanks, part de cette idée aussi provocatrice que dérangeante, et ne lâche jamais son spectateur jusqu’au dernier plan.
Alison Brie et Dave Franco - couple dans la vie et ici devant la caméra - incarnent Millie et Tim, deux amoureux presque caricaturaux dans leur proximité. Leur relation frôle déjà la co-dépendance lorsque, à la suite d’un mystérieux sortilège, leur connexion émotionnelle se matérialise… par une fusion physique progressive de leurs corps ! Bras, torses, respiration, rythme cardiaque : tout s’imbrique, tout se mêle, jusqu’à abolir les frontières individuelles. Ce qui commence comme une comédie romantique un peu décalée glisse inexorablement vers un cauchemar viscéral, où l’angoisse corporelle est tempérée - mais jamais désamorcée - par un humour noir distillé avec un sens du timing diabolique.
Les points forts : L’alchimie entre Brie et Franco, déjà palpable en dehors de l’écran, explose ici avec une intensité troublante. Le spectateur croit à chaque hésitation, chaque geste, chaque sourire forcé. Franco, en particulier, livre une performance magnétique, à la fois vulnérable et inquiétante - peut-être son meilleur rôle à ce jour. La mise en scène, fluide et précise, épouse la transformation des corps, rendant chaque étape tangible. Les effets spéciaux inventifs, et souvent délicieusement grotesques, impressionnent par leur ingéniosité (à mi-chemin entre le meilleur de David Cronenberg et Society de Brian Yuzna, qui virait à l’orgie de chair surréaliste).
Together n’est pas qu’un exercice de style : le film ose une réflexion frontale sur la co-dépendance amoureuse et la dissolution de l’identité dans le couple. Plus les personnages fusionnent, plus leur individualité se délite, au point que le spectateur s’interroge : où se termine l’amour, où commence la perte de soi ? Cette tension est le moteur émotionnel de l’œuvre, oscillant sans cesse entre l’horreur pure et un humour sombre, presque tendre par éclairs.
Les réserves : Le scénario, parfois trop explicatif, appuie un peu lourdement sur ses thèmes. On aurait aimé que Shanks ose creuser encore davantage la dimension émotionnelle, pour donner au dénouement une charge dramatique plus foudroyante. La scène finale, visuellement renversante et d’une audace rare, divisera forcément, entre ceux qui la trouveront brillante et ceux qui la jugeront excessive.
Verdict : Together ne cherche pas à plaire à tout prix. C’est une expérience sensorielle totale, fascinante et dérangeante, qui pousse son concept à bout de souffle - et du spectateur - sans jamais céder. Un Body Horror viscéral qui, une fois vu, s’incruste sous la peau et y reste, comme un souvenir qu’on préférerait oublier mais qu’on n’arrive pas à chasser ! Probablement le film d’horreur le plus perturbant de l’été 2025.