Tu aurais pu citer Marivaux bien sûr («Quand l’amour parle, il est le maître»), ou bien Corneille («L’amour est un tyran qui n’épargne personne»), mais tu préfères citer Rick Astley qui, dans Together forever, chante «Together forever and never to part, together forever we two». Soit plus ou moins le programme annoncé du film de Michael Shanks : un couple fait face au lent déclin de leur amour puis, en résumant vite et sans trop en dire, à une sorte de malédiction ancestrale qui les force à «être ensemble» sans pouvoir être séparés, et cela pour toujours. Together forever donc. Même si le film, lui, mentionnera Platon et fera entendre les Spice girls (2 become 1). Chacun ses références.

Un pitch jouissif et sadique que n’aurait pas renié David Cronenberg ou Takashi Miike, et on imagine aisément ce que ce dernier aurait fait d’un tel sujet, à des années lumières du côté un peu lisse de Shanks. Tant pis, il faut faire avec, d’autant qu’en l’état, Together ne démérite pas. Et que Shanks vise autre chose que le malaise et l’horreur extrêmes (il y a bien plusieurs scènes assez gratinées mais, globalement, Together ne s’étale pas en grosses effusions gore). Plutôt une satire mi-burlesque, mi-cruelle, sur le dérèglement amoureux et la tragédie conjugale (le Bruckner de Lunes de fiel devrait apprécier la chose), le couple n’étant, ici, pas autrement envisagé que comme une entité malade, mutante. Et dont la finitude ne serait qu’une annihilation/assimilation inéluctable des corps et des individualités.

Shanks a visiblement quelques comptes à régler avec le couple («Ce film se penche sur ce que vivre à deux peut avoir de terrifiant, sur ces angoisses persistantes liées à l’engagement portées à leur paroxysme»), et Together explore, en mode body horror, les tourments de la codépendance affective sans jamais faire de cadeaux à Millie et à Tim (Alison Brie et Dave Franco, en couple à l’écran comme à la ville). Cette attirance, cette «aimantation» des peaux, offre des séquences très réussies où les deux tourtereaux, malgré tous leurs efforts, ne peuvent lutter contre l’irréversible processus de fusion dont ils sont les victimes.

En dépit de son concept alléchant (mais a priori problématique puisque Patrick Henry Phelan, scénariste et réalisateur du film Better half sorti en 2023, accuse Shanks de plagiat), Together ne tient pas toutes ses promesses. Notamment parce que le scénario, dans sa dernière demi-heure, finit par devenir prévisible. Trop explicatif. Comme renonçant à sa part d’originalité et aux possibilités offertes, même si l’image finale fait son petit effet et ouvrirait presque à une possible suite. Car, en vérité, Together avait le potentiel pour devenir un (grand ?) film d’amour détraqué à l’instar de Possession, de Boxing Helena ou de La secrétaire.

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mymp
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