Touch est un beau film, tant par le soin porté à sa mise en scène, minimaliste mais dotée de plans signifiants – nous retiendrons le reflet d’une femme japonaise dans la porte métallique d’un ascenseur qui, en s’ouvrant, le fait disparaître au profit de la silhouette du protagoniste – que par son humanisme, acte de foi prononcé contre les dogmes et les peurs en vigueur. Son intelligence réside dans un traitement métaphorique de la catastrophe, en ce que le bombardement d’Hiroshima et l’héritage interdit qu’il a laissé se voient redoublés par l’amour impossible – plutôt rendu impossible par la construction du récit, enchâssement d’analepses – entre deux êtres séparés par leur famille, par le poids des conventions sociales, par le temps. La vieillesse, synonyme de perte de mémoire, conduit pourtant Kristofer à conjurer cet effacement, assumant son statut de fantôme que l’on contacte par téléphone et qu’une suite de diagnostics préoccupants maintiennent entre deux rives jusqu’à revivre au contact des lieux et des autres. Baltasar Kormákur laisse la part belle aux comédiens, magnifiques, qu’un simple champ/contre-champ suffit à rassembler, et compose un plaidoyer en faveur de la transgression des frontières en temps de repli sur soi (pandémique, nucléaire…). Une réussite.