Tous en scène
6.5
Tous en scène

Long-métrage d'animation de Garth Jennings (2016)

A la sortie de Tous en Scène, on ne peut s'empêcher de penser que l'on aurait pu assister à quelque chose de bien mieux. Tout au long de la séance, en effet, le masqué a oscillé entre une certaine déception, quelques soupirs de soulagement et deux ou trois sourires, grâce à des idées de gags assez bien trouvées qui font la plupart du temps mouche. L'animation n'est pas en reste, assez fluide et convaincante. Le film est aussi assez beau. Pas au point de tomber par terre, mais qui représente la norme solide de ce que l'on est légitimement en droit d'attendre, aujourd'hui, d'un film d'animation.


C'est peut être là que réside le principal problème de Tous en Scène. Si celui-ci est finalement distrayant, il ne se hisse jamais au dessus de la mêlée. Il propose un peu de spectacle, sans pour autant égaler ses congénères et adversaires numériques. Tout cela fait du dernier opus aux accents cocorico d'Illumination un produit de grande consommation, qui permet d'occuper le terrain et de ne pas disparaître des radars du jeune public. Le tout en attendant le prochain Moi, Moche et Méchant dont, bien sûr, la bande annonce est diffusée juste avant la séance.


Tous en Scène divertit mais ne va jamais au fond des choses et n'exploite qu'à moitié ses arguments narratifs, tous plus prévisibles les uns que les autres. Sans jamais être capable de faire naître un quelconque attachement que le spectateur aurait pu nourrir pour l'un ou l'autre de ses (trop) nombreux personnages.


Le film ne cesse dès lors de marcher par à-coups, se contentant d'aligner les scènes en forme de vignettes sans grand travail de mise en forme, passant de l'une à l'autre, et donc d'une star en herbe à l'autre, de manière extrêmement mécanique et répétitive dans le rythme qui s'imprime sur la pellicule. Ce qui aurait pu apparaître un instant comme une forme de classicisme relèvera cependant plus, à mieux y regarder, d'un certain taylorisme de la part des gars d'Illumination, dans la production de leurs oeuvres. Un sentiment de routine peut dès lors étrangler le spectateur, car, pour ma part, je n'ai ressenti aucune passion, aucun coeur, aucune identité devant ce Tous en Scène, qui se contente de reproduire et de répéter, dans son premier tiers, les ressorts des émissions de télé-crochet, enquillant les sélections fugaces emprisonnées dans un cadre de quelques secondes à peine.


Cela lui permet de s'enorgueillir, à première vue, d'une playlist pléthorique et variée, mais que l'on ne retrouvera finalement que très peu. Tourné majoritairement vers la pop actuelle, fade et très peu inspirée, déjà entendue mille fois jusqu'à écoeurement complet, Tous en Scène étouffe littéralement tout autre choix un peu moins attendu ou original, réduisant tout ce qui a plus de dix ans à moins de cinq secondes d'écoute. Allant même jusqu'à piétiner bien violemment le Michael Jackson de Ben ou encore Bananarama. George Michael, lui, sera ravalé au rang d'une simple sonnerie de radio réveil. L'assassinat du Baker Street de Gerry Rafferty, enfin, sera exécuté en moins de... Deux secondes. De quoi faire bien hurler le masqué, qui passera certainement, sur ce coup là, pour un vieux con réac'.


Un tel gâchis en forme de défaite de la musique est d'autant plus rageant que Tous en Scène aurait pu dire pas mal de choses sur l'opposition, côté spectacle, entre un passé peut être déformé par les souvenirs et la qualité de la production actuelle, ou encore en faisant de cette salle un véritable carrefour des espoirs brisés. Autant d'idées qui ne sont ici qu'effleurées, esquissées, ou encore totalement abandonnées en cours de route. Tout cela pour, de manière systématique, rentrer dans une norme immédiatement identifiable du divertissement, en forme de prolongement paresseux des grands-messes de variétés avariées que la boîte à images met en scène chaque semaine.


A l'image des chansons de ce spectacle final, autre passage obligé de nombreux films d'animation actuels. Mais qui laisse, étrangement une bonne impression. Parce qu'il donne, enfin, à éprouver quelque chose. Parce qu'il procure, enfin, quelques légers frissons. Parce que leur interprétation laisse deviner, enfin, ce qui s'apparenterait à une envie, à du coeur. Chose que Tous en Scène ne manifeste que de manière extrêmement tardive.


Dommage.


Behind_the_Mask, à la recherche de la nouvelle star de l'animation.

Behind_the_Mask
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Une année au cinéma : 2017

Créée

le 20 févr. 2017

Critique lue 754 fois

20 j'aime

7 commentaires

Behind_the_Mask

Écrit par

Critique lue 754 fois

20
7

D'autres avis sur Tous en scène

Tous en scène
lordash
8

Qualité ≠ originalité.

Des animaux anthropomorphes, un concours de chant, une menace qui pèse sur le rêve d'une vie. Vu et revus 1000 fois dans 1000 autres films. Sing n'a pas une once d'originalité a proposer, même dans...

le 26 janv. 2017

64 j'aime

4

Tous en scène
Behind_the_Mask
6

La (dé)fête de la musique

A la sortie de Tous en Scène, on ne peut s'empêcher de penser que l'on aurait pu assister à quelque chose de bien mieux. Tout au long de la séance, en effet, le masqué a oscillé entre une certaine...

le 20 févr. 2017

20 j'aime

7

Tous en scène
LeTigre
7

Un concurrent de Zootopie ?

Est-ce un pur hasard que ce long-métrage d’animation animalière sort un an après que le merveilleux et féerique Zootopie ? Je me le demande bien. Après avoir été incroyablement conquis par le...

le 8 mai 2019

20 j'aime

7

Du même critique

Avengers: Infinity War
Behind_the_Mask
10

On s'était dit rendez vous dans dix ans...

Le succès tient à peu de choses, parfois. C'était il y a dix ans. Un réalisateur et un acteur charismatique, dont les traits ont servi de support dans les pages Marvel en version Ultimates. Un éclat...

le 25 avr. 2018

204 j'aime

54

Star Wars - Les Derniers Jedi
Behind_the_Mask
7

Mauvaise foi nocturne

˗ Dis Luke ! ˗ ... ˗ Hé ! Luke... ˗ ... ˗ Dis Luke, c'est quoi la Force ? ˗ TA GUEULE ! Laisse-moi tranquille ! ˗ Mais... Mais... Luke, je suis ton padawan ? ˗ Pfff... La Force. Vous commencez à tous...

le 13 déc. 2017

189 j'aime

37

Logan
Behind_the_Mask
8

Le vieil homme et l'enfant

Le corps ne suit plus. Il est haletant, en souffrance, cassé. Il reste parfois assommé, fourbu, sous les coups de ses adversaires. Chaque geste lui coûte et semble de plus en plus lourd. Ses plaies,...

le 2 mars 2017

184 j'aime

25