Après avoir marié Charles Denner dans La Vie à l'envers (1964) et fait de Jean-Pierre Cassel un auteur de bandes dessinées dans Jeu de massacre (1967), Alain Jessua se lançait dans ce bien drôle de film. Traitement de choc lui est inspiré d'un passage en centre de repos qui l'a tout sauf convaincu de ses bienfaits. Il se sert du lieu pour signer un pur film paranoïaque où tout semble trop beau pour être vrai. Dès que vous commencez à regarder un peu trop d'un côté, vous devenez une menace.
Il y a quelque chose qui ne va pas dans les agissements des médecins. Michel Duchaussoy est froid comme un glaçon. Alain Delon est aussi souriant que le Diable vous faisant signer un contrat. Il en est de même pour les patients habitués formant une sorte de secte, quand ce ne sont pas les locaux qui changent d'attitude quand ça les arrange ; et les employés étrangers qui disparaissent ou ont l'air malade.
Là où d'autres auraient mis des musiques angoissantes aux bons moments, Jessua a la bonne idée de rendre la chose encore plus étrange en composant avec René Koering une bande originale évoquant directement la musique brésilienne. Ce qui donne un air de vacances idylliques dans un contexte qui ne l'est pas du tout, renforçant le malaise et imposant un certain décalage.
Le réalisateur prenant le point de vue unique d'Annie Girardot, le spectateur découvrira le fin mot de l'histoire en même temps qu'elle et autant dire que cette conclusion ne manque pas de mordant. Il n'est pas étonnant que certains critiques associent le film au genre fantastique. En effet, les médecins comme les habitués peuvent être vus comme des vampires se servant du sang des travailleurs immigrés pour devenir immortels. Ce qui renvoie aussi bien à la Comtesse Bathory comme à Dracula, Delon remplaçant Christopher Lee pour l'occasion.
De même, le film opte pour une critique sociale piquante où l'immigré pauvre sera décimé dans l'anonymat le plus dingue au profit de riches aux dents longues. Inutile de dire que la police locale protège également ce petit monde, ayant droit elle aussi à ses passe-droits. Le tout sans user de gros sabots, Jessua étant assez subtil dans le traitement. Le réalisateur ose également quelques moments de charcutage bien sentis (notamment sur la fin) qui ont certainement valu son interdiction aux moins de 12 ans à sa sortie.
Fait ironique : Delon s'est souvent mis en avant dans les 80's, se dévoilant comme un Apollon au top de sa forme, montrant à qui le veut bien qu'il est le meilleur des meilleurs, quitte à devenir une caricature de lui-même. Pourtant, on ne le verra jamais autant mis à nu que dans Traitement de choc, apparaissant dans le plus simple appareil pour une séquence délirante de baignade.
En résulte, un film maîtrisé et au suspense certain, qui apparaît comme un essai atypique dans la production française des 70's.