Un Beau Matin brosse le beau portrait d’une femme dont le métier, traductrice, résonne avec sa situation personnelle, soit l’écartèlement entre deux hommes, l’un quittant sa vie (son père) là où l’autre y revient à tâtons, passant du statut d’ami à celui d’amant. Il n’est pas anodin que ce dernier soit cosmochimiste, métier qui consiste à étudier les fragments laissés par des poussières de météorites et de comètes ; cette profession installe la métaphore du fragment, que le film adopte comme structure : énumérer, de façon chronologique, les petits signes de vie en croisant l’intime et le familial, croisant les registres sans délaisser un certain comique de situations porté notamment par une mère reconvertie en activiste écologiste.

Aussi le récit conjure-t-il tout fatalisme : il privilégie les jeux, depuis les petites voitures du père à la partie de Uno sous le sapin ou celle de Scrabble entamée pendant les vacances, en passant par le cache-cache dans le labyrinthe parisien, qui raccordent les personnages à la fragilité de leur condition qu’ils abordent avec bonne humeur, malgré tout, ainsi qu’à la difficulté de se savoir adultes quand le vacillement d’un père fait d’eux des enfants apeurés. Il dissocie intelligemment le corps et l’âme, représentant le premier par une opposition de mouvements entre le figement de l’ancien et la liberté retrouvée du nouveau, le second par l’appartement du père, lieu mémoriel qu’il faut transmettre aux jeunes générations. Présenter la bibliothèque comme l’âme de Georg constitue la plus belle idée d’un long métrage précis et pudique, quoique trop monotone, qui bénéficie d’une direction d’acteurs remarquable.

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le 5 déc. 2023

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