UN PETIT CAS DE CONSCIENCE est passé bien trop inaperçu en 2002. Film aussi complètement déjanté (dans le jeu d’acteur, la liberté de ton des cinéastes amis venus jouer la comédie : Dominique Cabrera, Claire Simon, Alain Guiraudie) que d’une rigueur exemplaire dans la mise en scène (ce découpage de la parole, sobre et assuré ; ces cadres admirables qui sertissent la scène d'un mini-laboratoire en ébullition). C’est surtout un traité de morale incroyable, modeste, éclairé, assez XVIIIe, à la fois drôle et pessimiste. Un couple de femmes se fait cambrioler, une de leurs amies soupçonne un des maçons qui ont travaillé au noir chez elles. Aussitôt l’amie revient sur sa parole, honteuse, mais la machine est enclenchée. Les bourgeois ont le cœur large (qu’est-ce qu’une chose matérielle, on ne va pas s’arrêter là), mais Ingrid Bourgoin, la prolo qui s’est fait voler, sait la valeur des choses. À partir de là, le film dresse un constat quasi extralucide sur les barrières de classe. C’est d’une intelligence politique quasiment jamais vue dans le cinéma français.