Si le titre de meilleur film latino-américain de l'année semble d'ores et déjà promis à Kleber Mendonça Filho, nul doute que Un poète, de Simón Mesa Soto, pourra aisément postuler pour la deuxième place. En voici un long métrage original et caustique, qui prend pour antihéros un poète déclassé qui a tout raté dans sa vie, y compris sa relation avec sa fille unique. Le portrait de cet individu aux franges du pathétique est réjouissant, parce qu'il témoigne d'une sorte de pureté, d'un personnage absolument pas en phase avec son époque et soumis à un environnement qui est loin d'afficher la même probité que lui. Certes, cet homme possède de nombreux défauts et le film est tour à tour cruel et tendre avec lui, mais il n'est surtout pas armé pour combattre le cynisme du monde qui l'entoure, en particulier le cénacle de pseudo-intellectuels qu'il fréquente occasionnellement et que le réalisateur colombien épingle avec une rare férocité. De dérives burlesques en maladresses dangereuses de son principal protagoniste, le film multiplie les ruptures de ton, notamment aidé par un montage très serré et souvent abrupt, qui crée un aventureux cheminement narratif, avec un fort goût d'absurde pour encore pimenter son intrigue implacable, qui n'oublie pas la tendresse, in fine. Dans le rôle principal, l'inconnu Ubeimar Rios est absolument sublime, si tant est qu'un tel qualificatif puisse correspondre au type de personnage qu'il interprète avec une belle intensité.