7
le 1 oct. 2025
SuivreVan, vie, libertés
La rencontre avec son tortionnaire a nourri quelques-uns des plus poignants récits de ces dernières années : Incendies, de Mouawad, adapté par Villeneuve, ou plus récemment Les Fantômes de Jonathan...
Voir le film
Le film de Panahi s’ouvre sur un un plan fixe de nuit, dans l’habitacle anxiogène d’une voiture où les phares des véhicules croisés découpent les traits d’un couple. L’image suggère un drame, mais le dialogue vient aussitôt tout expliquer, nous rassurant sur leur situation familiale. Après le choc sourd d’un chien heurté, la caméra s’arrache à sa fixité pour suivre le père et nous faire découvrir la clé du récit : le couinement de sa prothèse. Ce son devient le cœur de la tension. Plus tard, dans son garage, la caméra s'attarde sur le visage de Vahid, tandis que le couinement menaçant se fait entendre hors-champ. Un contrechamp troublant découpe alors le corps du conducteur, ne laissant voir que ses jambes en mouvement. Le duel s'installe, nourri par notre incompréhension face au comportement soudainement effrayé du personnage. L'inquiétude qui se peint sur le visage de l'homme s'explique par un seul son : celui de la prothèse qui approche. Toute la tension naît de ce que l'on devine des gestes de Vahid, seul à comprendre la nature de cette signature sonore.
Pourtant, cette promesse phonique et sensoriel est vite trahie au profit d’une forme théâtrale. La mise en scène, oscillant entre des plans larges fixes et des gros plans, ne suggère plus, elle impose. Le film renonce à l'image pour laisser toute la place à la tyrannie du dialogue. Les personnages ne sont que des porte-paroles aux discours répétitifs et moralisants, déclamant des tirades sur la vengeance ou le pardon. Le cinéaste ne fait plus confiance au spectateur. La photographe est flanquée de deux appareils photo, les mariés portent leurs habits de noce : chacun arrive avec son étiquette sociale, sa pancarte idéologique. Rien n’est suggéré, tout nous est asséné.
Dès lors, que reste-t-il ? Une conclusion morale – le pardon l’emporte sur la vengeance – qui nous semble plaquée. Elle est la conclusion attendue d'un procès-verbal. Le dernier plan a beau ramener le couinement de la prothèse, comme une marche mortuaire du régime qui ne pardonne pas, la trouvaille sonore arrive trop tard. Elle ne fait que souligner le vide laissé par un film qui s'est évaporé dans les discours.
Créée
le 20 oct. 2025
Critique lue 20 fois
7
le 1 oct. 2025
SuivreLa rencontre avec son tortionnaire a nourri quelques-uns des plus poignants récits de ces dernières années : Incendies, de Mouawad, adapté par Villeneuve, ou plus récemment Les Fantômes de Jonathan...
6
le 26 mai 2025
SuivreOn peut être passionné depuis bien longtemps par le cinéma iranien et saluer le courage de ses réalisateurs qui réussissent à tourner, même sous la contrainte ou sans autorisation, et trouver que Un...
8
le 29 mai 2025
SuivreDepuis quelques années, on sent que le Festival de Cannes veut primer de sa Palme d'or des propositions populaires : Anatomie d'une Chute en 2023, ou encore Anora en 2024. Et c'est selon moi une...
8
le 25 nov. 2025
Suivre"Passe ton bac d'abord." Cette phrase, on la répète comme un mantra, un dicton rassurant. Comme si ce fameux sésame permettait de jouir de la suite, de la vraie vie, celle des adultes. Les parents...
6
le 16 nov. 2025
SuivreUn gros plan. Puis un autre. Puis encore un autre. La petite dernière ne lâche jamais le visage de Fatima. On pourrait croire à un appauvrissement, à un cinéma qui se réduit. Mais c'est l'inverse :...
9
le 24 oct. 2025
SuivreDans Voyage en Italie, le film précédent de Sophie Letourneur, une amie lance : « À Vulcano, ça sent le pet. » Son mari ajoute : « C'est notre Madeleine de Prout. » Cette trivialité dit tout du...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème