On peut critiquer la prévisibilité de l'intrigue et de son déroulement. On peut. Voire même une certaine lenteur de développement propre au "genre".
Mais pourquoi passer à coté d'un huis clos aussi efficace, tant dans les images que dans, évidemment, l'habillage sonore. On peut penser à la maestria d'une scène en particulier de Ti West dans The Innkeepers, où l'enregistreur et ce qu'il enregistre coupe toute interférence avec le reste du monde, seulement une image débulée, un traveling fluide et bancal, un basculement dans l'inconnu.
C'est ce que réussit Ian Tuason dans son film estampillé A24 (ce qui est, à tort ou à raison, un élément positif et me place de fait dans des conditions de réception positives, avec le revers évident : l'exigence est aussi maxée que ma suspension d'incrédulité).
Ce film part avec ses atouts : j'aime tout ce qui est travail sur le son, (je rendrai à César ce qui lui appartient, mais je pense à ce très bon film sur une femme qui regarde en boucle un film dont elle doit choisir ce qui doit être coupé et son rating, avec comme seule offrande au public la performance de l'actrice, les reflets colorés sur son visage, et le fantasme du film extrême à la bande son particulièrement évocatrice qu'elle regarde, ou à Berberian Sound Studio qui avait fait son petit bruit à l'époque (ha ha), où; sur un dispositif analogue, un bruiteur doit mettre ses talents au service d'un film que l'on ne verra pas, sinon à travers les artifices de bruiteur que l'homme trouvera pour illustrer des scènes qu'on imagine assez bien, qu'on fantasme à l'aune de la révulsion du bruiteur, des couleurs reflétées et des ruses pour illustrer des scènes qui ne peuvent être rien moins que radicale, le film parfait que l'on fantasme forcément) et ces trois films susmentionnés, ainsi que les Sorcières de Salem de Rob Zombie dans une moindre mesure plus littérale, effleurent Undertone dans tous son déroulement, sans qu'il ne réussisse à se hisser aux niveau de ses prédécesseurs susnommés ni vraiment répondre aux attentes que le postulat du film pouvait laisser fantasmer.
Attention, nous sommes loin d'un échec! Déjà, impossible de ne pas saluer la maestria de la gestion du huis clos, ainsi que cette mécanique rituelle de la pose du casque sur les oreilled de l'actrice principale Nina Kiri, qui la coupe du monde, d'autant plus que la gestion est paradoxale : elle est coupée de l'extérieur dans une maison/prison (je reviendrai sur le pitch plus tard), et ce qui est généralement vu ou vécu comme un isolement devient son monde, sa ligne de fuite, le virtuel devient sa façon de s'approprier le réel, un morceau d'univers.
Cette mécanique particulièrement efficace lui permet de basculer d'un quotidien étouffant vers celui de son podcast d'horreur hebdomadaire qu'elle tient avec son ami Justin, assumant le rôle de la Sceptique du duo, dans une démarche de proto-débunkage des documents trouvés ou envoyés à l'adresse de leur émission; là où Justin est celui qui croit, forçant le trait naïf de son personnage.
Le film pose sommairement la singulière situation de famille de Ivy (une mère amorphe et mourante qu'elle doit surveiller et dont elle doit assurer les soin palliatifs jusqu'à son dernier "râle"), les modalités du podcast et l'éventuel crush de Justin pour Ivy, pour nous faire rapidement glisser vers le point central de l'intrigue, à savoir un mail reçu par Justin qui, après l'écoute d'un des dix fichiers audio joints au mail, a cessé d'écouter pour maintenir la candeur de la découverte en direct, car clairement, il y a quelque chose dans ce mail, un témoignage sonore qui commence innocemment : un couple dont la femme parle la nuit n'en croit pas un mot, ce qui motive le mari à laisser tourner un dictaphone pour prouver à sa femme que c'est bien le cas, rien de bien inquiétant a priori. C'est à travers l'écoute chronologique de ces dix fichiers que le film va évoluer.
De son coté, Evy veille donc sur sa mère qui s'éteint en silence, et c'est dans cette situation étouffante qu'elle trouve paradoxalement son souffle d'air dans le virtuel, dans la distance, et l'enfermement dans l'univers sonore du casque représente sa paradoxale ligne de fuite.
Evidemment, il y aura des choses étranges, qui seront utilisé avec suffisamment de parcimonie pour que l'ambiance reste pesante, tendue, (sans tomber dans le travers de Paranormal Activity que j'ai détesté, non pas pour le concept, mais parce que le film est médiocre de l'écriture des personnages au jeu des acteurs!) et ne se fasse pas déchirer par un jump scare ridicule ou une pesanteur se transformant en lenteur agaçante. La mise en scène est au point, le postulat efficace, et géré avec soin.
MAIS. Car oui, on le voit venir ce "mais", déjà dans les réactions un peu caricaturales (souvent justifiées, mais parfois agaçantes) des protagonistes, Ivy étant légitimement terrifiée par moment, mais quasi insensible à d'autres, afin que le fil continue à se dérouler. Et sa tendance à mentir, cacher son état d'implication tombe parfois sur le système, toujours plus ou moins justifié par le contexte, mais parfois frôlant le Satanus Ex Machina.
Et tout ça, je le pardonne au film, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.
Par contre, ce qui est délicat à pardonner, c'est de ne pas avoir approfondi le lore qui vient avec nombre de pistes exploitables (pour ne pas faire comme dans les autres films ? Pour ne pas être trop explicatif ? Peu importe, ça égratigne ma suspension d'incrédulité, même si l'on peut supposer qu'à force de podcaster, leurs réactions parfois trop apathique face à des pistes sérieuse peut être assigné à du déni ou de la flemme, tout menant à terme à un sujet Reddit ou autre source invérifiable... Mais un petit manque de soin dans l'écriture.
Mais surtout, soigner autant la forme, le son, et n'offrir au final que des trucs passés à l'envers (entre quelques trucs, mais pas bésef!), alors que précisément, aujourd'hui, les surimpositions sont décelables avec des outils gratuits, les tranches de fréquences, le timbre...etc. Il y avait de quoi faire un peu plus rêver que "hé mais on croirait qu'elle dit quelque chose à l'envers!".
C'est clairement ma plus grosse déception à l'égard de ce film.
Mais hors de question de le fustiger, car non seulement, il a les bullocks d'aller jusqu'au bout du huis clos, il est, j'insiste, brillamment réalisé, et surtout, il m'a fichu les chocottes, ce qui reste quand même ce que je lui demandais avant tout.
Il ne tient pas au menton les cadors du genre (encore que, je crois avoir en mémoire des fins en eau de boudin au sujet des films mentionnés), des étudiants en ciné ricaneront en disant "ha! ce plan débulé annonce quelque chose de bizarre, c'est le B-A-Ba des premières années". Qu'ils ricanent, nos canadiens ont réussit leur coup, et si maladresses il peut y avoir, l'efficacité est au rendez-vous, sans se compromettre!
donc une petit Xueysetrusselliuocsem/20