9
64 critiques
Points de non-retour
Une Balle Perdue est salué, à juste titre, par les critiques coréennes et internationales comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma coréen. Réalisé au début du second âge d'or du...
le 21 déc. 2023
La Nouvelle Vague sud-coréenne a suscité un intérêt du côté occidental pour ce cinéma national au début des années 2000, mais le flot des réalisations associées a aussi eu pour conséquence une certaine occlusion vis-à-vis du reste du patrimoine, et c'est bien tardivement que je réalise à quel point je connais très mal ses racines. Je crois bien que je n'ai vu que 3 films coréens sortis avant la fin du XXe siècle : Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l'Orient ? (1989), et le classique de Kim Ki-Young La Servante (1960), auxquels vient désormais s'ajouter Une balle perdue — Aimless Bullet en version internationale et Une balle ovale en traduction littérale.
C'est quand même très surprenant de découvrir ce cinéma-là, mélange de néoréalisme italien contemporain et de composantes documentaires sur les conséquences délétères de la Guerre de Corée. Et autant dire que Obaltan n'est que noirceur du début à la fin, il irradie de tout son pessimisme quant aux conditions d'existence dans cette Corée dévastée et il se dégage de cette configuration des effluves dépressives assez radicales.
Le noyau géographique d'où émane tous les fils narratifs se situe dans une habitation délabrée, autour d'une famille composée de trois enfants, Cheolho, Yeongho et Myeongsuk, et leur mère âgée et malade qui passera son temps alitée à répéter les mêmes mots. Cheolho travaille comme comptable mais son maigre salaire ne le prémunit pas de conditions de vie déplorables avec sa propre famille, ses enfants auxquels il ne peut pas acheter de chaussures, sa femme enceinte qui ne pète pas la forme, et lui traînant une rage de dents insoutenable. Yeongho est handicapé par une blessure de guerre et ne trouve pas de boulot, dégoûté par le personnage de vétéran qu'on lui propose de jouer pour les besoins d'un film. Il tentera un braquage de banque de la dernière chance, et attention spoiler, ça ne va pas bien se passer. Quant à la petite sœur Myeongsuk, cette ancienne infirmière en est réduit à la prostitution auprès des soldats américains pour survivre. Difficile de faire plus dysfonctionnel comme famille.
La peinture d'après-guerre proposée par Yu Hyun-mok n'est pas un enchantement de tous les instants, on le saisit très vite. La misère est omniprésente, les blessures multiples persistent, et la reconstruction semble extrêmement compliquée. Rétrospectivement la tonalité pessimiste unilatérale du film peut s'avérer écrasante, assommante, excessive même dans sa dimension mélodramatique — à l'époque déjà, le gouvernement l'avait censuré à cause de sa dureté et de son réalisme. Mais le portrait d'un pays ravagé et exsangue reste malgré tout saisissant dans sa vision de la situation, et à mes yeux unique dans le témoignage du chaos social de ce moment de l'histoire de la Corée.
https://www.je-mattarde.com/index.php?post/Une-balle-perdue-de-Yu-Hyun-mok-1961
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les films en Noir & Blanc par choix esthétique, Mon cinéma sud-coréen, Top films 1961, Pépites méconnues - Films et Cinéphilie obsessionnelle — 2023
Créée
le 21 août 2023
Critique lue 47 fois
9
64 critiques
Une Balle Perdue est salué, à juste titre, par les critiques coréennes et internationales comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma coréen. Réalisé au début du second âge d'or du...
le 21 déc. 2023
6
2180 critiques
La Nouvelle Vague sud-coréenne a suscité un intérêt du côté occidental pour ce cinéma national au début des années 2000, mais le flot des réalisations associées a aussi eu pour conséquence une...
le 21 août 2023
8
884 critiques
Découvrir les dernières nouveautés du cinéma coréen, ou de grands représentants du cinéma coréen contemporain, c’est ce que propose le Festival du Film Coréen à Paris. Mais c’est aussi l’occasion de...
le 10 nov. 2019
5
2180 critiques
Ceci n'est pas vraiment une critique, mais je n'ai pas trouvé le bouton "Écrire la chronique d'une désillusion" sur SC. Une question me hante depuis que les lumières se sont rallumées. Comment...
le 20 juil. 2014
5
2180 critiques
"Birdman", le film sur cet acteur en pleine rédemption à Broadway, des années après la gloire du super-héros qu'il incarnait, n'est pas si mal. Il ose, il expérimente, il questionne, pas toujours...
le 10 janv. 2015
9
2180 critiques
Her est un film américain réalisé par Spike Jonze, sorti aux États-Unis en 2013 et prévu en France pour le 19 mars 2014. Plutôt que de définir cette œuvre comme une "comédie de science-fiction", je...
le 8 mars 2014
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème