L'actu horrifique étant ce qu'elle est, avec d'une part un tandem Matt Bettinelli-Olpin/Tyler Gillett qu'on nous sert à toutes les sauces (avant les reboots de Scream, aujourd'hui les Wedding Nightmare) et d'autre part la tranquille survivance de Shudder et de ses formats anthologiques revenus à la mode (récemment encore avec la série Creepshow, de Greg Nicotero), il semble plus que jamais opportun de se pencher sur V/H/S, une saga à laquelle une bonne partie de la production fantastique contemporaine doit beaucoup. C'était en 2012, et une joyeuse bande d'inconnus s'apprêtait à faire le casse du siècle : Bettinelli-Olpin et Gillett donc, mais aussi David Bruckner, Adam Wingard ou Ti West, des noms alors assez confidentiels, qui étaient sur le point, sans le savoir, d'inventer à la fois une formule, et un nouvel avenir pour le cinéma d'horreur américain. Non content d'avoir servi de tremplin à ses créateurs originaux vers des carrières diversement prestigieuses (Bruckner avec Le Rituel ou La Proie d'une ombre, Ti West avec la trilogie de Mia Goth, Adam Wingard avec You're Next et les Kong VS Godzilla, Radio Silence et Roxanne Benjamin avec Southbound...), V/H/S s'est rapidement mué en rendez-vous quasi-annuel pour les fans de série B, ralliant même à sa cause des noms plus installés sans jamais se départir de cette fabrication artisanale au cœur de son concept original. Ainsi a-t-on pu voir Scott Derrickson (Sinister) à l’œuvre sur un segment de V/H/S 85, tandis que le dernier en date, V/H/S Halloween, affichait à son générique Paco Plaza, le célèbre réalisateur hispanique de [REC]. C'est aussi ce qui fait l'identité de l'anthologie : une récréation, une pause créative sans garde-fous que viennent chercher même les cinéastes les plus connus, alléchés par la perspective simple de se faire plaisir. Pas mal, pour ce qui n'est finalement qu'une longue série de courts-métrages exclusifs au streaming et notoirement connus pour leur côté un peu "cheap".


Des huit épisodes canoniques sortis entre 2012 et 2025, V/H/S premier du nom est toujours considéré comme le meilleur, et il faut bien dire que ce coup d'essai tenait du coup de maître. Que ce soit dans l'originalité du format, dans la posture artistique très affirmée et dans la qualité équilibrée de ses différentes séquences, V/H/S s'imposait comme une expérience horrifique racée, dans un équilibre séduisant entre humour noir joyeusement idiot et premier degré flamboyant, qui proposait des intrigues originales et formellement très abouties. A lui seul, son célèbre segment de l'"enterrement de vie de garçon", réalisé en found footage par un tout jeune David Bruckner en pleine forme, reste aujourd'hui encore l'un des plus connus de toute la série : la mise en place de l'action, l'irruption de l'élément fantastique, le mauvais esprit goguenard et le sens du timing sidérant des scènes d'horreur permettent à eux seuls de résumer tout ce qui rend les V/H/S aussi créatifs et attachants. Comment proposer un bon film d'horreur qui ne dure que 15, 20 minutes ? C'est la question à laquelle la série n'a jamais cessé de tenter de répondre, pas toujours avec succès, mais de façon suffisamment honnête et passionnée pour que ça passe même quand ça casse - la preuve en est avec ses opus les plus mal notés, à voir quand même pour leur franche déclaration d'amour à l'horreur suédée et aux concepts gore les plus gratuitement provocateurs. Même V/H/S Halloween, datant d'il y a quelques mois seulement et malgré sa qualité très discutable, garde pour mérite d'avoir brisé les quelques tabous dont pouvaient encore s'encombrer ses prédécesseurs, en y allant tellement franchement sur la dégueulasserie (grotesques meurtres d'enfants, dévorage de parties génitales, sextuples nichons en lactation et autres piscines de liquides séminaux : à table !) qu'on pouvait peiner à croire qu'un machin pareil ait pu recevoir l'aval du moindre producteur en état de sobriété.


Si elle peut fatiguer, si elle peut prêter à consternation, c'est pourtant cette absence de censure qui rend la saga V/H/S aussi spéciale. Exclue des circuits de distribution classiques, produite par d'authentiques passionnés se tenant à l'écart des algorithmes néfastes des plates-formes, les V/H/S, en 2012 comme en 2025, sont des films d'horreur qui disent, et font, ce qu'ils veulent. Leur côté ostensiblement bricolé permet d'apprécier l'indiscutable inventivité des mises en scènes, les trésors d'ingéniosité déployés par les réalisateurs (et réalisatrices) pour faire tenir debout des histoires et des univers qui, par leur radicalité et (parfois) leur stupidité, n'auraient jamais pu voir le jour ailleurs. Souvent, tout est dans le concept : une invasion extraterrestre vécue du point de vue de parapentistes agressés en plein vol, une porte vers une autre version du monde où tout est pareil sauf les organes génitaux, une maison hantée dont les fantômes de draps prennent vie, une chanteuse soudain possédée sur scène, une version live action de la famille Baker de Resident Evil 7... s'il n'y a qu'une chose que les V/H/S s'interdisent, c'est la censure, visuelle comme conceptuelle - et les concepts, souvent, sont plus intéressants que la violence qu'on peut y montrer. Ce que venait déjà prouver, au début, l'un des courts-métrages originaux, où une bande de jeunes se faisaient boulotter par un carré d'image cryptée les mutilant sauvagement pour n'en laisser qu'indéfinissables bouillies de gros pixels.


S'il faut voir V/H/S, le film, c'est en réalité qu'il faut voir V/H/S, la série complète : même quand ils ne sont pas très bons, même quand ils sont mal notés (ça arrive régulièrement, avec des scores Rotten Tomatoes particulièrement impitoyables), les différents épisodes tissent ensemble un multivers stupide et inventif, jamais à court d'idées, sympathique même dans ses paresses, amusant même dans ses abus (nombreux). Tombera-t-on sur un vrai court d'horreur païenne ou sur une débilité gratuitement vulgaire ? Sera-t-on saisi d'effroi face à un fantôme cruel et terrifiant, ou rigolera-t-on face à l'animatronique dégueulasse d'un pénis coupé dégorgeant du sperme ? "La vie, c'est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber." Et si le goût est parfois décevant, le plaisir de farfouiller à l'aveugle dans ce gigantesque panier à bonbons que constitue aujourd'hui la saga (avec, au bas mot, une cinquantaine de segments différents en tout) vaut bien le risque de recracher quelques morceaux. Dans leur style paradoxalement très libre et joyeux compte tenu du genre, les V/H/S peuvent même se targuer de devenir ouvertement ludiques, quand ils se mettent à évoquer un concept typique du jeu vidéo : les "game jams", ces développements en temps limité de prototypes tout cassés mais fascinants qui ont par exemple donné naissance à la saga des Dread X Collection dirigée par David Szymanski. Je ne serais pas étonné que l'idée ait germé chez ce programmeur de génie, torché au mauvais whisky après une soirée films entre potes. Les mêmes dans lesquels on fait les meilleures soupes, dirait l'une des séquences de cette anthologie.

boulingrin87
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le 16 mars 2026

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Seb C.

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