Val Abraham, c'est l'histoire de madame Bovary. Manoel de Oliveira choisit, puisqu'il adapte un livre, une forme très littéraire, avec beaucoup de texte en voix off, ce qui devrait rebuter les tenants d'un cinéma dont le bavardage serait l'un des pires défauts.
Cela en fait un film exigeant, car ces textes ne vont pas de soi, et le film repose en fait sur eux, les images étant surtout une illustration, une succession de tableaux où les acteurs apparaissent comme figés pour ne pas rompre la composition du plan.
Ce qui donne un film nécessairement somptueux, mais très lent.
Une remarque en passant, si notre Ema Paiva a lu, comme elle le dit et ainsi qu'on la voit d'ailleurs faire, deux fois Madame Bovary, elle ne devrait pas s'étonner qu'on l'y assimile, d'autant que son mari médecin se nomme Carlos, Charles donc. Mais l'intérêt du procédé est de donner à son destin une portée tout à fait universelle, de sorte qu'elle a beau se débattre pour y échapper, il semble se rapprocher à chaque fois inexorablement.
Car Ema Paiva, n'est pas Emma Bovary, et si elle en pressent le destin elle se débat comme elle le peut, au risque d'être considérée comme femme de mauvaise vie, par le peu d'efforts qu'elle fait pour s'en cacher. Son mari trop vieux la laisse faire, en espérant que l'expérience lui brûle les ailes et qu'elle finisse par lui revenir.
Un beau film sur l'enfermement de la condition féminine, parfois avec la complicité des intéressées, qui y voient une tradition à laquelle il faut se conformer ("La lecture est inutile pour les femmes", lui dira une tante dévôte.) Les postures figées semblent renforcer l'impression d'un carcan qu'on n'arrive pas à briser, surtout lorsqu'elles sont figées lors d'une scène qui devrait être passionnelle.