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S'avançant comme une sorte de Cluedo dans lequel la résolution de la suspicion du meurtre d'une de ses patientes, deviendrait l'obsession d'une psychiatre qui pour atteindre le but qu'elle s'est fixée va mettre au jour les travers et les sales petits secrets lovés derrière les volets, le film se construit finalement comme un formidable film de portraits et notamment celui d'une femme qui peu à peu, malgré les signaux, perd pied et perd le contrôle de son monde, dans une forme de déni intriguant.


Le premier élément déclencheur qui pourrait sembler anodin mais qui va prendre tout son sens est l'irruption dans son cabinet d'un de ses patients, lui annonçant sans ambages qu'il met fin à sa thérapie qui lui a déjà coûté une petite fortune, durée trop longtemps pour ne jamais parvenir à résoudre sa tabagie, alors qu'en une séance à cinquante euros chez une spécialiste de l'hypnose il n'a désormais plus aucune envie de fumer. Présenté et mis en scène comme un de comédie, résolument comique, la séquence revêt déjà les signes avant coureurs de la prochaine phase descendante que s'apprête à vivre la thérapeute et oblige en même temps le spectateur à porter son attention sur les non dits, les choses faussement anodines qui prendront sens plus tard.


Troublée et émue plus qu'elle ne le devrait et le consent, par l'annonce du décès d'une de ses patientes, chez qui elle ne soupçonnait aucun signe de volonté d'en finir et dont ni l'âge, ni la santé laissaient supposer une disparition si soudaine, Lilian Steiner s'enfonce de plus en plus dans une construction mentale dans laquelle elle se persuade de l'implication coupable du mari de sa patiente. Elle croit fermement à un féminicide perpétré par le veuf de la victime.


Dès lors le film va s'attacher à porter un double regard avec en premier plan l'enquête menée par Lilian pour réunir les différents éléments qui pourraient prouver sa théorie. Enquête dont chaque étape marquera une fuite en avant qui ne laisse que peu de doutes quant à l'issue qu'elle aura sur sa psyché et qui répondra tel un écho amplifié au second plan sur lequel se porte le film, à savoir sa lente mais inexorable perte de contrôle.


Tout dans le récit et particulièrement les interactions entre les personnages converge vers cette idée d'une femme indépendante, mais qui à force de ne plus écouter, se perd. Ses rapports avec sa patientèle se délitent et son manque d'implication pourtant flagrant l'éloigne de ses compétences professionnelles, c'est une psychiatre qui n'écoute plus, qui donc ne perçoit plus les impensés et ne décèle plus les fragilités. Et quand dans la quête de sa vérité remonteront les indices évidents de sa compromission et de l'infondé de sa théorie, elle ne sera même pas en capacité de les entendre.

Sa vie de famille obéit aux mêmes limites du manque d'écoute, son fils s'en ai fait une raison et n'insiste pas davantage quand il tente de créer un lien entre elle et son petit fils, quant à son ex mari, il donne d'abord l'impression d'avoir lui aussi abdiqué face à ce mur, mais on comprend qu'il a en réalité une autre stratégie qui consiste à l'accompagner dans ses obsessions, à ne pas trop la contredire, pour maintenir à son insu une forme de surveillance distante et dilettante mais toujours prête à la sortir d'éventuels ennuis. Vous allez trouver la comparaison osée mais il me fait penser au personnage de Roger Rabbit qui dans le cartoon ouvrant le film de Robert Zemeckis il doit à tous prix sauver "bébé" de tout ce qui pourrait le blesser.


La relation qu'ils entretiennent est d'ailleurs un délice à suivre, la complicité qu'on ressent et que les comédiens incarnent magistralement est un don offert au public.


Bien d'autres choix narratifs vont selon moi dans le sens de ce portrait en thérapie d'une femme qui s'est construit son monde sur les seules bases de sa carte mentale mais dont l'absence de fondations dues à son manque d'écoute le fissure de toutes parts. La séance lunaire chez la fameuse hypnoticienne est en cela extrêmement révélatrice et dévoile tout si on y prête attention, les interventions épisodiques et montrées comme gaguesques de l'ancien patient libéré du tabac vont elles aussi se révéler importantes pour le spectateur. Car lui aussi est questionné à travers ce récit sur ses aptitudes à l'écoute pour élaborer ses propres conclusions.


Conclusions qui de mon côté pour achever cette critique, vont surtout souligner que bien que plaisant le film, notamment dans son aspect Cluedo, manque de ludisme. Mais outre le vrai plaisir qu'offre le film pour tous ceux qui ont l'appétence de ce genre de dispositifs de développements de personnages complexes, c'est bel et bien par ses caractères développés aussi bien en nuances qu'en outrances que se situe la vraie qualité du film et par corollaire, ses acteurs impeccables, d'où émerge un trio.


Le mari soupçonné de la défunte joué par Mathieu Amalric, un acteur qui ne me déplait pas au sens stricte mais qui a, je trouve, tendance à jouer toujours un peu pareil, c'est jamais à côté mais j'ai systématiquement l'impression, quelque soit le rôle qu'il fait ses gammes, qu'il fait du Amalric et j'aimerais le voir faire d'autres propositions.

Il y a évidemment la caution hollywoodienne avec la prestigieuse et inouïe Jodie Foster, qui joue ici en français et même si elle le parle couramment la performance qu'elle délivre reste époustouflante et rappelle si c'était encore nécessaire son impressionnant talent.

Mais pour moi, la palme revient sans aucune discussions à l'un des comédiens qui m'impressionne le plus, et ça tant de le cinéma français qu'international, un acteur que je considère comme l'un des plus grands et sans doute le dernier vrai grand acteur encore en activité. Un comédien qui quelque soit le registre semble conjuguer une facilité d'exécution et une maestria qui font rougir bien des prétendants. Daniel Auteuil qui est je pense le premier comédien qui dans ma cinéphilie m'ai fait toucher du doigt le concept même de ce qu'était être un acteur, un comédien, que ce n'était pas juste faire un jeu de rôles mais que ça allait bien au delà, que ça impliquait des choses plus profondes, plus viscérales, plus enfouies qu'il s'agissait de savoir faire resurgir au moment opportun, sur le ton juste et pas forcément dans la démonstration mais dans la retenue explosive. Le rôle qui me l'a fait comprendre et qui m'a fait aimer Daniel Auteuil c'est celui d'Ugolin dans le diptyque "Jean de Florette" - "Manon des sources" de Claude Berri, j'avais dix ans.

Créée

le 15 déc. 2025

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