Avec "Vie privée", Rebecca Zlotowski confirme son goût pour un cinéma affranchi du réalisme pur, où la psychologie devient terrain de jeu et d’énigme. Elle poursuit ici une veine romanesque et joueuse. Le film ne cherche pas à restituer fidèlement la réalité, mais à la tordre, la colorer, la rendre vibrante comme un rêve éveillé. Au centre, Lilian (Jodie Foster), psychiatre américaine installée à Paris dans les beaux quartiers, apprend le suicide d’une de ses patientes. Sa rigidité professionnelle vacille. Entre culpabilité et déni, elle s’attache à démontrer que cette mort cache peut-être autre chose. De là naît l’enquête, mais aussi une introspection déguisée. La chercheuse d’âmes devient suspecte d’elle-même. Comme souvent chez Zlotowski, la narration est hybride : le film se laisse traverser autant par la comédie que par le polar, autant par la psychanalyse que par la fable.
L’humour et la gravité cohabitent dans un univers presque graphique, où les personnages semblent surgir d’une bande dessinée psychologique. Les archétypes foisonnent, la psychiatre glaciale, la patiente mystique, les proches mystérieux. La réalisatrice s’amuse à les faire basculer dans quelque chose d'autre, les méchants deviennent touchants, les héros un peu fous. Ce jeu permanent entre vérité et fiction, sérieux et dérision, donne au film une tonalité particulière, ce qui est plutôt rare dans le cinéma français.
Là où beaucoup s’accrochent à un naturalisme figé, "Vie privée" assume son artifice, son exagération, son goût de la construction. Ce n’est pas un drame clinique, c’est une fantaisie mentale, une traversée de miroirs où la psychanalyse devient, littéralement, un art de raconter des histoires. Zlotowski filme les névroses comme d’autres filment le grand large : avec ampleur, ironie et une tendresse secrète pour celles et ceux qui cherchent à comprendre ce qui leur échappe.
Pourtant la réalisatrice cadenasse un peu trop son film, on devine les rouages du script savamment déroulés
"Vie privée" aurait gagné en fantaisie ou en lâcher prise, surtout avec ce casting haut de gamme! Mention spéciale pour Daniel Auteuil, très "choupinet" dans le rôle réconfortant de l'ex-mari. On aurait pris plus de plaisir à plonger davantage dans le film si les personnages avaient été plus troubles...