Derrière une nonchalance d'à-propos se cache le parcours d'une femme, d'une psychiatre remplie d'amertume. Au début du film, nous la voyons transie de froid, l'air désabusé, alangui sur son fauteuil, elle est comprimée dans les contours de la porte donnant accès à son bureau. Elle attend l'arrivée de son prochain patient, prépare son divan et se précipite à la porte d'un des voisins du dessus dont s'échappe une musique assourdissante.
Derrière son rapport à autrui, la façon dont elle laisse un message à sa patiente n'ayant pas honoré son rendez-vous, ce manque de chaleur, tout laisse à voir une incapacité à écouter. En apprenant la mort de sa patiente va s'ensuivre une enquête sur les raisons de la mort de celle-ci, Lillian, incarné par Jodie Foster, va se persuader qu'elle fut assassinée. Dans ce parcours qui va la mener à se rapprocher de sa famille, va se dérouler une épiphanie, une auto-analyse qui débouchera sur un apaisement de son âme.
Une complicité amusante la lie à son ancien mari joué par Daniel Auteuil, à la fois débonnaire et attentionné, il la suite, la sermonne, l'accompagne, l'aide, de cet échange à contretemps né une espérance des désillusions passées. Son fils qu'elle semble vouloir fuir, ses enregistrements sur mini cd comme un aveu du désamour de son métier, l'amertume d'une vie qui ne peut plus se construire sur l'écoute des autres quand on est sourde à soi même.
De ce joli parcours où l'on baguenaude faussement, des enjeux lus profond se joue et Rebecca Zlotowski parvient avec une jolie justesse à distraire avec ce soupçon d'émotion, cette fragilité qui aborde le drame avec nonchalance. Au delà de ça, il faudrait tout de même souligner la mise en scène tout en élégance. L'emploi des escaliers en colimaçon que Jodie Foster n'a de cesse de gravir, comme si, dès son introduction, le film cherchait à mettre en avant l'introspection à venir.
Ce plan où Foster se réveille au milieu de la nuit, persuadé que quelqu'un cherche à s'introduire dans son appartement, le contraste entre le noir sépulcral et le bleu métallique, faisant de cette séquence un phantasme animé, ce travelling la suivant couteau à la main prenant, presque, des airs giallesque. Les jeux de miroirs, déformés, dédoublés, renforcent le trouble, celui de l'enquête et du parcours humain.
L'acceptation de l'échec et de sa responsabilité, se faisant lors de deux séquences douloureuses et attendrissantes, la scène du repas de famille et celle où elle entend enfin le témoignage de sa patiente, une prise de conscience bie tardive dans l'un des deux cas qui va la mener à se r&approprier l'utilité de son travail, notamment quand, de façon forcée, elle se retrouve à devenir la patiente allongée à l'écoute d'un mari, une boucle préfigurée par ses escaliers en colimaçons la menant vers une catharsis libératoire. Un film malaimé, peut-être incompris par sa tonalité variable, mais qui mérite bien plus que ce que l'on en a pu dire.