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Faudra qu’on m’explique pourquoi Waterworld fut un flop et sujet à moquerie quand la carrière de Costner est abordé. Tout y est : des décors (naturels) superbes, de l’aventure, de l’action, des acteurs magnifiques et des personnages peut-être convenus mais plutôt bien caractérisés, un scenario certes simple mais qui relève du mythe : El Dorado, La Terre Promise, le Paradis Perdu, l’Éden. Aussi c’est avec un certain plaisir avouable que j’ai revu Waterworld, sans aucun ennui et sans suspens non plus puisque je l’avais vu lors de sa sortie. Rappelez-vous à l’époque Kevin Costner est l’une des grandes figures du cinéma populaire américain. Mais derrière la puissance commerciale des blockbusters, de ses films, se dessine déjà une œuvre plus intime, traversée par des obsessions qui ne le quitteront plus : l’identité, la solitude, la manière dont les liens entre les êtres nous construisent et, au bout du compte, cette question récurrente chez Costner : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains? Waterworld n’a pas vieilli : les problématiques environnementales étaient posées ; les enjeux de l’énergie étaient encore et toujours des enjeux de lutte pouvoir ; les mensonges de nos "guides" étaient dans l’ordre des choses surtout dans un monde sans ordre ni institutions. Le seul blême du film ? Il manque une superbe musique entêtante, reconnaissable, qui donne de l’amplitude et du drame à cette aventure quelque peu angoissante mais dont les images sont tellement belles.
Ici notre héros est un mutant. Cette nature le rend effrayant et donc il est exclu, rejeté et condamné. La méfiance qu’il inspire est également le trait de caractère inhérent au personnage : il est froid, hostile et profondément méfiant ce qui l’oblige à être individualiste et seul. Mais n’est-ce pas aussi la condition que les "humains" lui imposent. Le rejet pourrait être mutuel mais au départ n’est-il pas imposé lui aussi par les humains ? Donc notre héros vit seul et fait de sa solitude sa force : loin des humains il peut exploiter ses compétences amphibies, adapter son mode de vie, se procurer des choses très convoitées parce que rares et donc de grande valeur (la terre par exemple) et ainsi survivre. Puis contraint à vivre sur son bateau (trimaran?) avec une femme et une enfant, le héros se surprend à partager ses biens et à communiquer. En fait notre mutant se reconnaît en cette enfant qui, pour les "humains", est elle aussi une bizarrerie dont la vie importe peu pour peu qu’ils aient son tatouage qui révélerait la carte de la Terre Promise, Dryland. Et c’est ainsi que notre personnage, un mutant rejeté de tous et peut-être le seul mutant sur cette Terre aquatique, devient le guide salvateur et permet à la fillette de retrouver son identité. Au fait la fillette se prénomme Enola, lu à l’envers cela donne "alone" : seul (un anacyclique qui m’a été soufflé je l’avoue dans les Enola Holmes, série de films d’aventures très subversifs diffusée sur Netflix).
Dans un monde post apocalyptique ce film relate l’histoire d’un "Mad Max sur l’eau" (expression de 1995) qui bien sûr défendra la "veuve et l’orpheline" et sera sauvé par un homme revenu du ciel.
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