<i>The Witch's Cradle</i> appartient à la première période plus "narrative" de Deren. Le film dénote dans la filmographie de Deren : il est beaucoup plus imagier que ses autres œuvres (qui reposent plutôt sur les aventures de la perception, au milieu de décors sommes toutes normaux), et il aligne des oripeaux un peu artificiels (tout ce qui a trait au satanisme), en cultivant un champ lexical thématique très lisible, transparent pour l’interprétation (cordage, attachement, toile d’araignée). Or le film est tourné non pas en Californie mais à New York, dans une galerie d’art, au moment précis (1944) où Deren côtoie le gratin du surréalisme – André Breton, John Cage, et Marcel Duchamp qui fait même une apparition dans le film. L'ensemble semble pris dans un réseau d’influences dont il faut peu ou prou s’extirper.
Il est en fait difficile de juger ce film qui n’a survécu qu’à l’état de fragments : on se demande, par exemple, si les nombreuses répétitions qu’on y trouve sont un effet de ressassement recherché, ou simplement l’alignement des diverses prises et tentatives dans lesquelles la réalisatrice aurait ensuite fait son choix, à l’étape du montage. Idem pour cette caméra fureteuse et hésitante, peut-être le simple signe de prises ratées que le montage aurait jetées… Pour le reste, au-delà de la relative artificialité de l’imagerie, le jeu des liens qui s’infiltrent sur l’être aimé (ou honni ?) fonctionnent plutôt bien, par images simples et suggestives qui dessinent la sorcellerie comme quelque chose de l’ordre de la possession, ou de la jalousie. Comme souvent chez Deren, l’effet visuel (le cordage en action) est convaincant, il a une allure serpentine qui dépasse l’idée qu’il illustre... Le film semble avoir du potentiel, et c'est dommage qu'il n'ait pas pu être mené à bout.
(Tiré du texte général sur la filmo de Maya Deren : https://boxd.it/q9PIc )