« Don't let it control you. » PROFESSOR CHARLES XAVIER

En 2003, X2 sort sur les écrans et s'impose rapidement comme une suite exemplaire, surpassant largement son prédécesseur tout en restant fidèle aux fondations posées par celui-ci. Plus ambitieux dans son récit, plus spectaculaire dans sa mise en scène et plus mature dans ses thématiques, le film confirme le potentiel de la franchise à une époque où le cinéma de super-héros connaît un essor sans précédent. Fort de ce succès critique et commercial, la 20th Century FOX ne tarde pas à mettre en chantier un troisième volet, destiné à conclure cette première trilogie.

À l'origine, Bryan Singer devait naturellement reprendre les commandes de ce troisième épisode, pensé comme la conclusion de la trilogie. Cependant, le réalisateur reçoit une proposition particulièrement prestigieuse de la Warner Bros. : mettre en scène le retour de Superman au cinéma. Séduit par l'opportunité de réaliser le plus célèbre des super-héros de DC Comics, principal concurrent de MARVEL, Singer décide de quitter la franchise X-men. Son départ ne se fait pas seul puisqu'il emmène avec lui plusieurs de ses plus fidèles collaborateurs, parmi lesquels le compositeur John Ottman, le directeur de la photographie Newton Thomas Sigel, les scénaristes Mike Dougherty et Dan Harris, ainsi que le chef décorateur Guy Dyas.

Zack Penn et Simon Kinberg remplacent les scénaristes de Bryan Singer à l’écriture. Tous deux possèdent déjà une solide expérience du cinéma de super-héros. Zack Penn connaît particulièrement bien l'univers des mutants puisqu'il avait participé à l'écriture du deuxième opus, dont il avait notamment développé plusieurs éléments de l'intrigue. Simon Kinberg, de son côté, apporte un regard neuf au projet. Leur mission consiste à conclure la trilogie tout en réunissant un nombre toujours plus important de personnages issus des comics, un défi d'autant plus complexe que la production connaît de nombreuses péripéties.

Brett Ratner est engagé par la FOX afin de réaliser ce troisième volet. Le choix apparaît particulièrement ironique puisque quelques mois auparavant, Ratner devait lui-même mettre en scène le Superman pour la Warner Bros., avant de quitter le projet. C'est précisément Bryan Singer qui le remplace sur le film, tandis que Ratner hérite du troisième X-men. L'ironie est d'autant plus savoureuse que Ratner avait déjà été pressenti plusieurs années auparavant pour réaliser le tout premier X-men, avant que Bryan Singer ne soit finalement choisi par le studio. Les deux réalisateurs se retrouvent ainsi à échanger, en quelque sorte, les franchises qui leur étaient initialement destinées.

En 2006, X-men : The Last Stand est présenté en avant-première mondiale hors compétition lors du prestigieux Festival de Cannes, quelques jours avant sa sortie internationale.

Si Bryan Singer avait su imposer une vision à la fois intelligente et profondément respectueuse de l'univers des X-men, en faisant des mutants une métaphore assumée des discriminations et des exclusions qui traversent nos sociétés, ce film choisit une approche sensiblement différente. Brett Ratner privilégie un rythme plus soutenu, une mise en scène plus démonstrative et un spectacle davantage tourné vers l'action que vers la réflexion. Pourtant, le scénario disposait de deux intrigues majeures particulièrement propices à développer ces thèmes. La première est l'apparition d'un antidote capable de supprimer définitivement le gène mutant. Une découverte scientifique révolutionnaire qui aurait pu relancer avec force le débat sur l'identité, l'acceptation de soi et le droit à la différence. Faut-il considérer la mutation comme une maladie qu'il convient de soigner ou comme une caractéristique qui mérite d'être assumée ? Malheureusement, cette problématique reste essentiellement cantonnée aux mutants eux-mêmes. Le film oppose ainsi deux visions irréconciliables : celle de ceux qui considèrent l'antidote comme une liberté supplémentaire, à l'image de Malicia, et celle de Magnéto, qui y voit immédiatement la première étape d'un génocide programmé contre son peuple. Cette divergence entraîne une légère fracture jusque dans les rangs des X-men tandis que la Confrérie se rassemble autour de Magnéto, convaincue qu'il s'agit en réalité d'une arme destinée à éradiquer les mutants.

La seconde intrigue constitue le véritable cœur émotionnel du film : le retour de Jean Grey et l'avènement du Phénix. Son adaptation était attendue depuis des années par les lecteurs des comics. Malheureusement, cette adaptation choisit une direction radicalement différente de celle des comics. Exit la mission spatiale, l'entité cosmique du Phénix et toute la dimension galactique qui faisait la grandeur du récit original. Afin de conserver une continuité avec l'univers réaliste instauré par Bryan Singer, le scénario transforme le Phénix en une personnalité alternative enfouie depuis l'enfance dans l'esprit de Jean Grey. Le spectateur découvre alors que le professeur Xavier avait volontairement cloisonné cette personnalité afin d'empêcher l'émergence de pouvoirs devenus incontrôlables. Cette ré-interprétation n'est pas dénuée d'intérêt et offre même quelques scènes particulièrement fortes entre Xavier et Jean. En revanche, elle prive le personnage de toute la dimension tragique et cosmique qui faisait sa singularité dans les comics. Plus regrettable encore, cette intrigue, qui aurait dû constituer l'aboutissement émotionnel de la trilogie, passe régulièrement derrière celle de l'antidote, réduisant le Phénix à un simple élément perturbateur venant ponctuellement bouleverser les événements.

Plusieurs acteurs principaux n'étaient engagés contractuellement que pour deux films ou devaient composer avec d'autres obligations professionnelles (on parle de James Marsden, Anna Paquin, Rebecca Romijn et Alan Cumming : Cyclope, Malicia, Mystique et Diablo), obligeant les scénaristes à adapter constamment leur récit. Le cas le plus frappant est celui de Cyclope. Déjà largement sous-exploité dans les deux premiers volets malgré son statut de leader historique, Marsden disparaît ici après seulement quelques minutes de présence à l'écran. Une décision qui prive Jean Grey de son partenaire emblématique et déséquilibre davantage encore le triangle amoureux déjà largement favorable à Logan. Paquin connaît un sort similaire. Occupée par d'autres projets durant une partie du tournage, elle voit le rôle de Malicia considérablement réduit. Son évolution demeure cohérente, mais cette décision intervient au détriment de la relation qu'elle entretenait avec Iceberg, pourtant développée depuis le premier film. Romijn, dont l'emploi du temps est également chargé, voit Mystique perdre toute l'épaisseur acquise dans les précédents opus. Jadis bras droit redoutable de Magnéto et personnage ambigu aux motivations complexes, elle est ici rapidement évincée de l'intrigue. Enfin, Cumming refuse tout simplement de reprendre le rôle de Diablo, jugeant les longues séances quotidiennes de maquillage trop éprouvantes.

Afin de compenser ces nombreux départs ou absences, le film introduit une quantité impressionnante de nouveaux mutants. Sur le papier, cette arrivée massive pouvait renouveler la dynamique de la saga et satisfaire les amateurs des comics impatients de découvrir de nouveaux héros emblématiques. Dans les faits, cette multiplication des personnages contribue surtout à disperser le récit.

Hugh Jackman confirme heureusement une nouvelle fois qu'il est le véritable pilier de la franchise. Après avoir longtemps incarné le solitaire bourru incapable de trouver sa place parmi les X-men, Wolverine apparaît ici pleinement intégré à l'équipe. Il enseigne désormais à l'Institut Xavier, protège les plus jeunes élèves et assume progressivement des responsabilités qu'il rejetait jusque-là. Son humour grinçant et ses remarques acerbes apportent régulièrement un peu de légèreté, mais le personnage gagne surtout en maturité. Plus qu'un simple combattant, Logan devient un mentor et un membre indispensable de cette famille recomposée. Son implication émotionnelle dans le destin de Jean Grey lui offre également certaines des scènes les plus fortes du film, culminant dans un final aussi douloureux qu'inévitable.

Famke Janssen, ressuscitée sous les traits de Jean Grey devenue Phénix, hérite du personnage le plus complexe et le plus exigeant de toute la saga. À la fois victime, menace, enfant perdue et divinité destructrice, Jean oscille constamment entre vulnérabilité et puissance absolue. Consciente de l'importance du rôle, l'actrice prépare minutieusement son interprétation en étudiant différents ouvrages consacrés à la schizophrénie et aux troubles dissociatifs de la personnalité afin d'apporter une crédibilité psychologique à cette double identité. Sans jamais tomber dans l'excès, elle parvient à exprimer aussi bien la douceur de Jean Grey que la froideur presque inhumaine du Phénix. Son regard vide, ses silences pesants et sa gestuelle minimaliste suffisent souvent à instaurer un sentiment de malaise permanent. Si le scénario ne lui offre malheureusement pas toute l'ampleur que méritait cet arc narratif, Janssen en exploite chaque scène avec une intensité remarquable.

Patrick Stewart, Halle Berry, Shawn Ashmore, Ellen Page, Kelsey Grammer, Ben Foster et Daniel Cudmore incarnent les X-men, respectivement le Professeur X, Tornade, Iceberg, Kitty Pride, le Fauve, Angel et Colossus. Les anciens étant en retrait, on pourrait croire que la jeune génération s’impose, mais elle reste davantage en retrait.

Ian McKellen et Aaron Stanford sont les antagonistes les plus interessant chez la Confrérie des Mutants. Ils conserve tout le charisme, la noblesse et la conviction qui faisaient déjà la force de leurs personnages, convaincu plus que jamais de protéger leur peuple contre une menace qu'ils jugent inévitable.

Autour d’eux gravitent pourtant plusieurs mutants emblématiques des comics comme Callisto, Arclight, Quill ou Psylocke. Malheureusement, ces derniers ne dépassent jamais le stade de simples hommes de main, réduits à participer aux scènes d'action sans véritable personnalité. Le traitement réservé au Fléau est encore plus discutable. Ennemi historique des X-men et adversaire redoutable dans les bandes dessinées, il est ici transformé en brute épaisse uniquement utilisée pour quelques effets comiques souvent lourds. Son lien familial avec Charles Xavier, pourtant fondamental dans les comics, disparaît totalement au profit d'une caractérisation extrêmement superficielle.

X-men : The Last Stand ne manque ni d'ambition, ni de spectacle, ni de scènes mémorables. Son rythme soutenu, ses effets spéciaux convaincants et plusieurs séquences d'action particulièrement réussies en font un divertissement solide qui conclut avec efficacité certains arcs narratifs initiés six ans plus tôt. Mais derrière cette efficacité se cache une œuvre profondément marquée par une production mouvementée. Le départ de Bryan Singer, les réécritures successives, les contraintes liées aux disponibilités des acteurs et la volonté du studio de privilégier un blockbuster spectaculaire au détriment d'une approche plus introspective empêchent le film d'atteindre la richesse dramatique de ses prédécesseurs. Sans atteindre l'excellence de l’opus précédent, ce troisième volet demeure une conclusion spectaculaire, imparfaite mais loin d'être dénuée de qualités.

StevenBen
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le 6 mars 2024

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Steven Benard

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