La grosse déception pour la suite de pour la suite de Zootopie ! Franchement, j’avais beaucoup aimé le premier, que je trouvais être un très bon Disney récent : un film capable de nous émerveiller à nouveau avec un univers sympathique, renouant avec la grande époque des animaux anthropomorphiques, tout en proposant un récit solide. Il arrivait surtout à conjuguer plusieurs niveaux de lecture : un divertissement fun pour les enfants, des personnages attachants avec de vraies trajectoires narratives, et un sous-texte social et politique pas forcément appuyé, mais bien présent. C’était justement cet équilibre qui faisait la force du film.
Le constat à la sortie de Zootopie 2 est assez clair : le film n’a plus qu’un seul niveau de lecture, celui pour les enfants. On retrouve Judy et Nick, dont le duo peine toujours à s’imposer durablement au sein de la police. Mais l’intrigue et les péripéties sont non seulement répétitives par rapport au premier film (encore une histoire de complot et de corruption) mais aussi extrêmement répétitives à l’intérieur même du récit. L’enquête mène à la mise à l’écart historique des reptiles, à cause d’un événement vieux de plus d’un siècle. Ce postulat est déjà assez bancal au regard de l’utopie que représentait la ville, et débouche sur une histoire de guerre de territoires et de corruption à haut niveau qui aurait miraculeusement échappé à toute enquête pendant cent ans.
Le film est désolant sur deux plans. D’abord sur le fond : l’histoire est manichéenne, simpliste, beaucoup plus binaire que celle du premier opus. Là où Zootopie jouait intelligemment avec les clichés (par exemple en choisissant une loutre comme un des prédateurs dangereux), cette suite retombe lourdement dans des oppositions grossières. Le sous-texte perd toute sa finesse, et l’utopie que représentait la ville de Zootopie se vide peu à peu de son sens. On peut ainsi citer la séquence du bateau à moitié enfoui dans les marais, refuge des reptiles, où tout le monde joue du jazz. On est dans une caricature grossière des lieux secrets où les Noirs se réfugiaient historiquement, avec une imagerie reprise telle quelle, sans aucune mise à distance critique. Le film recrache ce stéréotype sans le questionner.
Enfin, il y a le gros problème de la progression des personnages. Dans le premier film, Judy devait dépasser les clichés liés à son espèce, mais aussi les attentes de ses parents et la pression qu’elle s’imposait. Son compas moral surdéveloppé s’enrichissait au contact de Nick, et l’incitait à trouver sa place sans écraser les autres. Nick, de son côté, apprenait à sortir du rôle dans lequel les préjugés l’enfermaient. Dans Zootopie 2, tout ça disparaît. Les arcs sont recyclés sous forme de blagues et de répétitions. On ressort le stylo-enregistreur et la musaraigne-parrain, on refait les mêmes gags, sans véritable évolution ni surprise. Les personnages tournent en rond, enfermés dans ce qu’ils étaient déjà.
Deuxièmement, il y a un vrai problème de forme. Tout est surligné à la truelle. On a des rappels constants de ce qui vient de se passer, toutes les cinq minutes, comme si le film craignait que le spectateur ne comprenne pas. Quand les enquêteurs suivent les traces d’un serpent, il faut nous montrer des écailles à chaque marche de l’escalier, comme si une seule n’aurait pas suffi. Quand Judy repère un camion, il faut non seulement le montrer à l’écran, mais aussi qu’elle dise explicitement : « Mais c’est le même camion ! ». On a vraiment l’impression que le scénario est écrit soit pour des enfants très jeunes, soit dans une logique de second écran, pour des gens qui ne regardent qu’à moitié. Et c’est franchement désagréable, parce que le film ne fait confiance ni à l’intelligence de ses spectateurs enfants, ni à celle des adultes.
Un autre aspect vraiment pénible, c’est l’abus de références et de placements de produits. Ce n’est pas tant une référence isolée qui pose problème, mais leur accumulation. Entre les clins d’œil à d’autres films Disney et non-Disney (Ratatouille, Shining…), et les placements de produits à peine déguisés (Zoogle, Gnucci, l’ours qui boit son Coca…), le film perd toute personnalité. Là où le premier Zootopie utilisait ses références pour enrichir son monde, ici on a l’impression que notre monde déborde sur celui du film, de manière très opportuniste, probablement pour des raisons purement commerciales.
Au final, je trouve le film vraiment peu intéressant. Il avait l’opportunité d’aller plus loin, et il choisit la facilité. En sortant de la salle, j’avais presque envie de le défendre par amour pour le premier film, mais plus j’y ai réfléchi, moins c’est possible. La forme très plate plombe encore davantage le fond. Ce n’est pas catastrophique au point de quitter la salle, mais clairement, chez moi, je ne suis pas sûre que je serais allée jusqu’au bout.