Jeu auquel j’ai joué juste après Outer Wilds, Alan Wake Remastered rappelle assez vite que tous les jeux vidéo n’ont pas pour ambition de bouleverser leur média, mais sont souvent des expériences dirigistes reposant sur trois piliers : cinématique, exploration et action.
Il est évident que cela ne vaut pas la peine de comparer ces deux titres, mais osons tout de même les termes : Alan Wake a été ce que les Américains appellent un rebound sex — une expérience agréable, avec des moments pénibles, qui permet de passer à autre chose.
Évidemment, j’ai aussi directement pensé à Deadly Premonition en y jouant, tant l’ambiance Twin Peaks est présente. Là aussi, faisons rapidement une distinction entre ces deux jeux : les combats d’AW sont moins catastrophiques que ceux de DP, mais AW est beaucoup moins attachant et bizarre que DP. Less bad, less good, donc.
Disons-le clairement : Alan Wake est un sale type, une ordure toxique qui maltraite son entourage par son ego enflé et geignard. À chaque scène où il interagit avec sa femme Alice, j’avais envie d’agiter un énorme red flag. Elle n’est que patience et empathie ; lui n’est que colère et frustration.
Pourtant, malgré cela, le jeu parvient à se créer une histoire que je trouve véritablement bien construite et intéressante, avec une gestion du rythme excellente. Tous les clichés du polar dans une petite ville américaine perdue sont là : la shérif bienveillante, le vieux médecin, l’animateur radio nostalgique, les alcooliques du coin et le ou la mystique un peu fou/folle. C’est un décor que j’adore, avec ses maisons cosy en bois, ses forêts sombres et ses anciennes usines abandonnées. Twin Peaks, quoi.
J’aurais clairement pu terminer le jeu en une seule session frénétique tant j’étais pris par cette histoire si bateau, mais si efficace. Mais ce qui a freiné cette potentielle frénésie, c’est le gameplay. Après 30 minutes de cinématiques et une phase rapide d’exploration, j’ai immédiatement regretté de ne pas avoir mis le jeu en mode « facile » (et il n’est pas possible de le changer après coup).
C’est à la fois lourdaud et répétitif. Pour rappeler rapidement la mécanique de base : on affaiblit les ennemis en les éclairant avec une lampe jusqu’à les stun, pour ensuite les achever de quelques balles bien placées. Sauf qu’évidemment, les ennemis attaquent en groupe et de tous les côtés. On se transforme alors en une sorte de « gare de triage » où l’on essaie de gérer les ennemis les plus proches en priorité. Il y a un côté très tactique qui pourrait être intéressant, mais c’est globalement pénible et très répétitif.
Je ne spoilerai rien, mais il y a un passage final sur un pont, où l’on doit gérer des objets en mode poltergeist, qui m’a donné envie de bouffer ma manette.
Au-delà de ça, le jeu a un côté sublime, avec des séquences mémorables et une bizarrerie de plus en plus présente. Il y a un aspect fou et grandiloquent que j’aime beaucoup, malgré tous ses défauts. Je n’ai pas eu le courage de lancer les DLC, que j’ai finalement découverts en regardant des playthroughs (pratiquement idéal, puisque cela évite d’avoir à jouer au jeu, gasp), et je dois dire que j’ai été très impressionné par The Signal (surtout) et The Writer.
Il paraît que le spin-off Alan Wake’s American Nightmare est une catastrophe industrielle totale, donc je vais l’éviter.
J’ai hâte de lancer Alan Wake 2, en mode facile, sûrement.