Assassin's Creed Valhalla
6.2
Assassin's Creed Valhalla

Jeu de Ubisoft Montréal et Ubisoft (2020 · PlayStation 5)

« L'honneur n'est pas lié à un pays, ni à une croyance. » EIVOR

Le 27 octobre 2017, Assassin’s Creed Origins de Ubisoft Montréal sort sur consoles après une année de pause pour la licence. Ce nouvel épisode marque un véritable renouveau pour la saga en abandonnant une partie de ses anciennes mécaniques au profit d’une structure plus orientée RPG. Le système de progression, les quêtes secondaires et les combats sont entièrement repensés, donnant un second souffle à la franchise. L'Égypte antique, minutieusement reconstituée, impressionne par sa richesse, ses paysages variés et son souci du détail. Explorer les pyramides, les temples ou encore les vastes déserts procure un véritable sentiment d'aventure qui fait rapidement de cet épisode l'un des plus appréciés de la série.

Le 05 octobre 2018, Assassin’s Creed Odyssey de Ubisoft Québec débarque à son tour sur consoles. S'appuyant sur les solides bases du premier, le jeu pousse encore plus loin la formule RPG avec des choix de dialogues, plusieurs fins possibles, un système de compétences plus développé et une personnalisation accrue de l'équipement. Cette orientation divise une partie des fans historiques, mais offre une liberté d'action inédite. La Grèce antique est magnifiquement représentée, entre îles paradisiaques, cités mythiques et vastes étendues maritimes. Comme dans son prédécesseur, l'exploration constitue l'un des plus grands plaisirs du jeu tant l'univers est dense, vivant et rempli de découvertes.

Après le succès critique et commercial de ces épisodes, Ubisoft Montréal reprend les commandes pour développer le troisième volet de cette nouvelle formule. Le studio choisit cette fois de plonger les joueurs au cœur de l’ère viking, un univers particulièrement populaire grâce à de nombreux films, jeux vidéo et séries inspirés de la mythologie nordique. Le choix paraît alors logique et prometteur. Les premières bandes-annonces mettent en avant les raids, les batailles épiques, la conquête de l’Angleterre et les célèbres drakkars, tout en laissant entrevoir une place importante accordée aux Dieux nordiques. Personnellement, cette annonce me séduit immédiatement tant j'apprécie énormément la mythologie nordique et tout l'imaginaire qui entoure les vikings.

Le 10 novembre 2020, Assassin’s Creed Valhalla sort sur PlayStation 4, PlayStation 5, XBOX One, XBOX Series et PC. Premier épisode de la franchise à accompagner le lancement de la nouvelle génération de consoles, il fait figure de vitrine technologique pour Ubisoft.

L'immersion est une nouvelle fois une immense réussite, comme c'est souvent le cas dans la saga. Le voyage débute dans les fjords enneigés de Norvège avant de nous conduire dans une Angleterre verdoyante, remplie de villages saxons, de monastères et de forteresses à conquérir. Le jeu nous emmène également dans les royaumes mythologiques d'Asgard et de Jötunheim, offrant un changement d'ambiance très appréciable. Chaque région possède sa propre identité visuelle et donne envie d'être explorée. Le level design met parfaitement en valeur ces environnements, tandis que le charadesign est particulièrement réussi. Les armures, les tatouages, les coiffures ou encore les armes dégagent un véritable style. Il faut dire que les vikings possèdent déjà un imaginaire extrêmement fort, et Ubisoft réussit à retranscrire toute cette identité avec beaucoup de soin.

Ubisoft exploite absolument tout ce qui fait fantasmer autour des vikings. Les raids en drakkar contre les monastères, les assauts de forteresses, les batailles particulièrement violentes, les festins, les concours de boisson ou encore les joutes verbales rythment constamment l'aventure. Tout l'imaginaire nordique est utilisé pour renforcer l'identité du jeu, sans jamais donner l'impression qu'un aspect a été oublié. Les développeurs voulaient clairement proposer le fantasme ultime du viking, et sur ce point, c'est une réussite. Pourtant, au fil des heures, une question finit inévitablement par se poser : aussi réussi soit-il, cet univers est-il réellement compatible avec l'essence même d'Assassin's Creed ?

Pour ma part, la réponse est non. Aussi spectaculaire que soient les raids ou les combats à la hache, ils ne correspondent pas à ce qui fait l'identité de la licence. Historiquement, Assassin's Creed repose sur l'infiltration, la discrétion, l'observation et les assassinats ciblés. Ici, tout pousse au contraire à foncer dans le tas. Les missions privilégient les sièges, les affrontements de masse et les combats frontaux, au détriment des approches furtives. La lame secrète devient presque un simple gadget alors qu'elle représentait autrefois l'arme emblématique de la série. On réalise finalement très peu d'assassinats dignes de ce nom. C'est une direction qui fonctionne pour un jeu de vikings, mais beaucoup moins pour un Assassin's Creed, au point de donner parfois l'impression de jouer à une toute autre licence.

Ce sentiment se retrouve également dans la construction des environnements. La Norvège et l'Angleterre sont magnifiques à contempler et offrent des panoramas impressionnants, mais elles souffrent d'un manque évident de verticalité. Les grandes villes, qui faisaient autrefois tout le sel de la série, laissent ici place à de vastes plaines, des collines, des forêts et quelques villages relativement modestes. Résultat, les possibilités de parkour sont extrêmement limitées. On grimpe encore sur quelques églises ou forteresses, mais on est très loin des courses effrénées sur les toits de Florence, Venise, Paris ou Constantinople. Cette absence de verticalité prive le gameplay d'une mécanique pourtant emblématique de la licence. L'exploration reste agréable, mais elle perd une partie de son identité.

Le jeu est pourtant incroyablement généreux en contenu. Peut-être même beaucoup trop. Ubisoft a voulu proposer une aventure gigantesque, mais cette abondance finit par devenir un véritable défaut. Les régions à pacifier s'enchaînent, les quêtes secondaires se multiplient, les mystères envahissent la carte et l'on passe parfois plusieurs heures sans réellement faire avancer l'intrigue principale. On finit par ne plus savoir où donner de la tête. C'est d'autant plus frustrant que le scénario possède de très bonnes idées. Toute l'histoire autour de Eivor, de Sigurd, de Basim et des réincarnations de Odin, de Loki et des Isu est passionnante. Malheureusement, cette intrigue est constamment diluée dans une quantité astronomique de contenu annexe qui casse complètement le rythme du récit.

Les mécaniques RPG deviennent également beaucoup trop envahissantes. L'arbre de compétences est l'un des plus confus que j'ai pu voir dans un jeu de ce genre. Il est immense, peu lisible et donne rarement l'impression que les améliorations débloquent des capacités réellement marquantes. Le système de runes souffre du même problème : on accumule des dizaines de bonus différents sans toujours comprendre leur véritable impact sur le gameplay. Tout cela manque de clarté et de simplicité. Heureusement, Ubisoft conserve malgré tout quelques mécaniques héritées des anciens épisodes. Il est toujours possible de se mêler à une foule de moines, de s'asseoir sur un banc pour passer inaperçu ou d'utiliser certaines approches discrètes. Le problème, c'est que le jeu ne nous oblige quasiment jamais à exploiter ces possibilités. On les oublie rapidement, tant le combat frontal reste l'option la plus efficace.

À cela s'ajoute un problème particulièrement frustrant : les bugs. Mon expérience a été régulièrement interrompue par des problèmes techniques qui m'ont obligé à redémarrer le jeu à plusieurs reprises. Certains personnages refusaient de réagir, des objectifs ne se validaient plus et certaines animations se bloquaient complètement. Le plus incroyable reste que la dernière mission « Jour Saint » elle-même souffre d'un bug largement connu par la communauté. Voir un jeu d'une telle ampleur être freiné par des problèmes aussi importants est difficilement acceptable. Ces incidents cassent régulièrement l'immersion et empêchent parfois de profiter pleinement de moments pourtant importants dans l'histoire. C'est probablement l'un des plus gros points noirs de mon expérience.

Malgré tous ces défauts, j'ai tout de même pris du plaisir à parcourir cette aventure jusqu'à son terme. J'ai pacifié l'ensemble de l'Angleterre, éliminé les membres de l'Ordre des Anciens, développé Ravensthorpe et découvert toutes les révélations autour de Eivor et de Basim. Environ cinquante heures m'ont été nécessaires pour voir la fin, ce qui reste conséquent sans être excessif pour un jeu de cette ampleur. À plusieurs reprises, j'ai pourtant été tenté d'abandonner tant certaines séquences s'étiraient inutilement ou tant les bugs devenaient agaçants. Si je suis allé jusqu'au bout, c'est avant tout grâce à des personnages attachants, à une intrigue qui sait devenir captivante lorsqu'elle se concentre sur son histoire principale et à cette formule Assassin's Creed qui reste efficace malgré toutes ses évolutions.

Assassin's Creed Valhalla est un jeu paradoxal. Pris comme un RPG d'action en monde ouvert centré sur les vikings, il remplit largement son contrat grâce à son univers, son immersion, ses personnages et la richesse de son contenu. En revanche, en tant qu'Assassin's Creed, il s'éloigne beaucoup trop des fondations de la licence. L'infiltration, le parkour, les assassinats ciblés et la discrétion passent largement au second plan au profit des combats de masse et des mécaniques RPG. Je comprends que cette direction ait séduit un nouveau public, mais personnellement, j'ai eu le sentiment que la série avait perdu une partie de son identité. J'ai passé un bon moment, sans jamais retrouver les sensations qui m'ont fait aimer les premiers épisodes de la franchise.

StevenBen
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Steven Benard

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