L’équipe de développement qui s’est attelé à la tâche pour proposer Super Mario Odyssey en 2017, sort du placard le gorille, qui n’a pas vu le jour depuis février 2014, sans prendre en compte les portages. N’ayant pas aimé ce Mario 3D, j’étais sceptique quant au retour d’une telle mascotte Nintendo dans un style de jeu qu’ils ne nous ont pas habitué.
L’originalité du jeu est qu’il est possible de tout détruire. Tout ? Presque, excepté un squelette initial qui évite de créer un vide total, la quasi-totalité du jeu est destructible. Le gameplay de Donkey Kong va évidemment dans ce sens, mais ce n’est pas le seul. Les ennemis aussi. La plupart explosent et créent un cratère à leur mort, certains ont des attaques qui détruisent le décor et d’autres peuvent créer de nouvelles structures. Le monde est alors un immense terrain de jeu où on a accès à tout. DK peut quasiment tout escalader et aller partout. Il en résulte de cette liberté associée à ce gameplay une envie d’exploration remarquable. On a envie d’aller partout, et sur notre chemin, de trouver des collectables. Malheureusement, c’est un problème récurrent chez Nintendo maintenant. Depuis Breath of the Wild, le joueur doit pouvoir jouer quelques minutes sur le pouce et se sentir pourtant récompensé. Pour cela, il y a des objets à retrouver partout. Soit ce sont des bananes, soit des fossiles. On aurait pu s’attendre à ce que ces premiers soient obligatoires pour progresser dans l’aventure et débloquer un nouveau niveau, mais il n’en est rien. En effet, pour accéder au niveau suivant, à part faire une petite « quête », il n’y a aucune condition. Au lieu de ça, les bananes servent à débloquer des compétences pour notre personnage. En cela, c’est particulièrement surprenant d’avoir un jeu Nintendo, où il faut dépenser pour débloquer des éléments de gameplay. Ça donne une odeur de cahier des charges. Pour ce qui est des fossiles, ils servent à acheter des tenues cosmétiques qui donnent des bonus. Notez le défaut inhérent à cette méthode : si la tenue est moche, mais que le bonus est fort, on se trimballe un design laid. Si le bonus est vraiment très fort, on ne change plus de tenue. C’est toujours le même schéma.
Malheureusement, le gameplay n’est pas aussi irréprochable que dans un Mario. Rien de grave ici, juste quelques éléments qui le rendent perfectible. Par exemple, pour une raison parfois inconnue, DK refuse de passer d’une face à une autre sur un élément du décor. Si on prend un bloc pour taper un ennemi qui nous fait des dégâts au contact, on se retrouve souvent à donner un coup de trop, car le bloc a cassé sans crier gare. Le sonar est de temps en temps perdu, il nous indique un collectable à proximité, mais arrête de le signaler la fois d’après, voire n’indique pas les éléments qui sont pourtant à côté de nous. Ce ne sont pas de gros défauts de jeu, juste des inconforts que l’on n’aurait jamais vus dans un Super Mario 64 ou un Super Mario Galaxy. L’un des gros défis pour les développeurs a dû être la gestion de la caméra. Ici, c’est loin d’être parfait. Parfois, on ne voit pas DK, on se déplace au hasard, sans savoir où on se trouve. Tant qu’on est sur les défauts, j’ai trouvé le jeu peu inspiré par son level design. Certes, il y a de bonnes idées, mais sont-elles nombreuses ? D’autant qu’avec ce remplissage de collectables, ça parait encore plus pauvre. L’esthétisme du monde m’a paru peu inspiré également, et peu mémorable. De même pour la bande originale qui est dans l’immense majorité de la soupe. À l’exception de quelques musiques, on est encore dans le vide que Nintendo propose de plus en plus régulièrement depuis plusieurs années. Peut-on dire un mot sur la nullité des boss ? C’est affligeant. Le boss final prouve pourtant qu’ils étaient capables de faire quelque chose de bien. Sans parler des transformations dont l’utilité est plus que limitée pour 3/5. Et encore, l’une devient vite obsolète. Il aurait été prodigieux que le jeu soit d’une fluidité constante durant l’aventure, tant il y a par moment d’éléments à l’écran. Dommage que ça ne soit pas le cas.
Bref, Donkey Kong Bananza a une liste de défauts longue comme le bras. Pourtant, on s’amuse en jouant. Manette en main, les premières heures sont funs, on veut explorer, trouver des bananes, voir ce que le jeu nous réserve et comment on peut le casser. Il est regrettable que Nintendo soit retombé dans ses travers en proposant 777 bananes et près de 700 fossiles. Je les ai tous trouvés, un par un, durant 40h. Là est le paradoxe : plein de problèmes existent dans ce jeu, des problèmes surprenants pour Nintendo. Néanmoins, on continue à jouer et à s’amuser. J’étais tiraillé entre la raison et le cœur en jouant à ce jeu. C'est ce dernier qui l’a remporté. On a peut-être ici la recette pour un jeu Donkey Kong en 3D, nous faisant enfin oublier la tentative de Donkey Kong 64. Nintendo semble vouloir créer deux séries de jeux réguliers, les DK 2D et 3D. Cela parait être la meilleure chose à faire. Espérons maintenant que Donkey Kong ne soit pas foutu au placard pendant 10ans.