Dur de retourner sur ce jeu que j'ai tant aimé, bientôt 15 ans après sa sortie.
Ce qui me saute aux yeux (ou aux mains), c'est tout ce qui lui manque. Non seulement par rapport aux jeux qui le suivent, les excellents Hitman (2016), Hitman 2 et Hitman 3, mais également par rapport aux jeux qui l'ont précédé comme le vénérable Blood Money.
C'est un jeu qui tente d'apporter beaucoup de changements à la formule Hitman que Blood Money avait perfectionnée :
- Disparition de la préparation avant le niveau : on perd le choix des armes
- Disparition du hub (la base entre les missions)
- Niveaux plus linéaires
- Apparition du système d'instinct (sorte de boîte à outils qui permet de voir le trajet des ennemis, de les empêcher de percer à jour notre déguisement, de voir à travers les murs, de préparer des tirs en série à la manière du Dead Eye de Red Dead Redemption…)
- Les PNJ portant la même tenue que nous peuvent maintenant percer à jour notre déguisement
Il y a un changement total de philosophie derrière ce titre, avec un côté cinématographique frustrant : on se retrouve dans des situations forcées par le jeu. Dans les jeux précédents, on devait fuir lorsqu'on ratait son infiltration ; ici, on doit fuir parce que le jeu a décidé que la séquence devait se dérouler ainsi.
C'est l'histoire qui prime. Les missions s'enchaînent : chacune débouche sur une cinématique qui nous amène directement à la suivante. C'est sans doute ce qui explique la disparition de la base et de la préparation avant la mission. Narrativement, 47 n'a pas le temps de se rendre à sa base et un détour casserait le rythme du récit.
Tout n'est pas à jeter. Les décors sont beaux. La foule est une petite révolution.
Blood Money trichait intelligemment, notamment dans le fameux niveau de La Nouvelle-Orléans : une foule de figurants à l'IA la plus rudimentaire et une poignée de PNJ disséminés en son sein, dotés d'une vraie IA. On pouvait tirer au milieu de la foule ; les gens se baissaient puis se remettaient aussitôt à danser.
Dans Absolution tout le monde a sa petite IA et l'on peut se camoufler au milieu des gens (parmi les hautes herbes aussi, nouveauté très bienvenue).
La trilogie World of Assassination (les trois Hitman suivants) va faire de très bons choix sur ce qu'il fallait conserver ou jeter.
Elle rétablit le choix des armes et de l'équipement avant le niveau, avec plus d'options même que dans Blood Money, et se passe du hub, qui ne servait pas à grand-chose (même s'il réapparaît dans le mode Freelancer). Elle garde les PNJ capables de percer un déguisement à jour, mais c'est limité à certains personnages précis et le retour des niveaux ouverts permet de les contourner plus facilement.
Le système d'instinct est simplifié. Il permet essentiellement de voir les ennemis à travers les murs et de mettre en lumière des opportunités d'action, ce qui finalement recoupe plus ou moins ce que faisait la carte de Blood Money avec la position des ennemis et les points d'intérêt.
Sans oublier les foules, qui peuplent ces grands niveaux ouverts.
C'est un Hitman important, mais pas un bon. Merci à lui d'avoir permis de meilleures suites auxquelles je vais préférer jouer. Ou retourner sur Blood Money, encore.