J'ai été immédiatement touché par Indika, par cette jeune nonne, torturée intérieurement par ses démons et punie cruellement par ses pairs, dans un monastère dont on est très heureux de quitter.
Développé par les Kazakhs du studio Odd Meter, Indika nous emmène dans une épopée tout autant psychologique que dangereuse et dans laquelle nous serons confrontés, aux côtés de notre héroïne, à refaire le fil de notre vie. Indika est une jeune nonne qui est perpétuellement enlisée dans une conversation intérieure avec le mal, une voix off qui nous pénètre par son charisme et son éloquence. Est-ce le diable qui parle à Indika ou l'expression de sa culpabilité et de son incapacité à influer sur sa propre vie qui la ronge de l'intérieur ? Car envoyée au monastère sans réellement l'avoir choisi, Indika vit un dilemme entre sa foi et sa volonté de vivre émancipée. Un dilemme qui est mis en scène par la rencontre avec Ilya, un homme que l'on rencontre dans notre voyage et qui sera à l'origine de nombreuses conversations très intéressantes.
Indika m'a complètement absorbé dans ses dialogues et sa courte histoire, à l'image d'une fable dont on voit se dessiner la morale, mais qui se fait suffisamment tortueuse et complexe pour nous maintenir en haleine. La manière dont le mal-être d'Indika est mis en scène est, sensoriellement, très réussie : on ressent pleinement ses doutes, sa peur, sa culpabilité, mais aussi sa force de lutter et de s'en sortir. Notre voyage avec Indika est celui d'une jeune femme qui n'a pas choisi sa vie et qui ne trouve pas son chemin, entre sa foi, authentique, et ses aspirations / ses tentations. Les phases de jeu dans lesquelles Indika doit prier pour faire taire ses démons intérieurs sont particulièrement réussies et nous font comprendre qu'il ne s'agit pas d'une critique simpliste de la religion, car la prière est un outil qui aide véritablement Indika. Cependant, on comprend qu'elle ne pourra pas éternellement s'en remettre à Dieu pour s'en sortir. Le jeu emmène Indika à conscientiser son pouvoir de libre arbitre, sans nécessairement tomber dans la critique de la foi qu'elle conserve.
Un jeu dont on sent les faibles moyens, mais qui vient avec de bonnes idées de mise en scène et de gameplay. Bien que les quelques mini-jeux ne soient pas d'un grand divertissement, il faut saluer la beauté du pixel art et son utilité pour la narration. Pour le reste, l'esthétique oscille entre des graphismes franchement pas très beaux et une DA maligne qui permet de gommer une bonne partie des manques de moyens. Les lumières sont souvent jolies et se distinguent rapidement dans le décor enneigé dans lequel on évolue. Les musiques sont anecdotiques en général sauf dans certaines courtes phases de jeux dans lesquelles le sound design part en vrille et transcrit une forme de folie vécue par Indika. Cependant, 90% du temps, nos oreilles ne se préoccupent que de saisir les dialogues des deux personnages principaux et de leurs conversations philosophiques et religieuses sur le sens de la vie et la dévotion à Dieu.
La manière dont sont construits les dialogues est à souligner. Ilya, l'homme avec qui nous faisons notre chemin, pourrait avoir tout de l'archétype du personnage nihiliste et chaotique. Pourtant, c'est souvent lui qui parle à Indika de la religion, de sa croyance et qui lui montre une nouvelle vision de la foi. Notre nonne brise alors l'armure et se fait de plus en plus critique de la « foi aveugle » et s'assume de plus en plus en tant qu'individualité faite de pensées et de croyances propres, parfois heurtant directement des principes auxquels elle est censée adhérer. De quoi donner au jeu toute sa profondeur d'âme et son intérêt.
Je reste d'ailleurs légèrement sur ma faim en termes d'histoire, mais est-ce un mauvais signe ? Je termine le jeu en m'étant attaché à Indika, à son parcours de vie dramatique et à sa volonté d'aller de l'avant. J'ai envie de la revoir, d'en apprendre plus sur elle et sur ses nouvelles ambitions. C'est une petite prouesse pour un jeu de ce gabarit de réussir à transmettre ces sensations. Il faut saluer l'audace du studio. Hâte de voir la suite !